Criez !

Criez !

Filles
africaines ...




La musique qui accompagne ce dossier
est dédiée à toutes les femmes
qui furent les innocentes victimes
des enseignements trompeurs
de la Watch Tower



"Erbarme dich"
Passion selon St-Matthieu de Bach




Savez-vous que dans le passé, la Société a enseigné que si une femme ne criait pas, ne se débattait pas, ou ne fuyait pas lors d'une tentative de viol, elle se comportait comme la complice de son agresseur?
Savez-vous qu'une femme qui ne criait pas commettait la fornication et était donc passible de l'exclusion?


Pour vous en convaincre, nous allons considérer ensemble la "Question de lecteurs" parue dans la Tour de Garde du 1er octobre 1964 (pages 607 et 608).

Question :

La Bible dit, dans Deutéronome 22: 23-27, qu'une jeune Israélite fiancée devait crier lorsqu'elle était menacée de viol. Quelle est aujourd'hui la position de la chrétienne qui se trouve dans la même situation? Doit-elle crier même si son agresseur brandit une arme en menaçant de la tuer? - M.U., Etats-Unis.

Réponse :

D'après la loi de Dieu, une jeune Israélite était tenue de crier: "Si une jeune fille vierge est fiancée, et qu'un homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous deux à la porte de la ville, vous les lapiderez, et ils mourront, la jeune fille pour n'avoir pas crié dans la ville, et l'homme pour avoir déshonoré la femme de son prochain." Toutefois, si l'attaque se produisait dans un champ et que la femme, par ses cris, essayait d'alerter quelqu'un et de se soustraire à son agresseur, elle n'était pas lapidée puisque l'homme lui avait fait violence et qu'il n'y avait eu personne pour la secourir. - Deut. 22: 23-27.
Mais supposez que l'homme, brandissant une arme, ait menacé de rouer la jeune fille si elle refusait de coucher avec lui. Que devait-elle faire en ce cas? Le passage biblique cité plus haut ne modifie pas la situation en indiquant une circonstance qui l'empêcherait de crier. Il dit clairement qu'elle devait crier, donc résister à l'agression, peu importent les circonstances. Si l'homme la prenait de force, après l'avoir assommée et rendue inconsciente, sans qu'on ait pu répondre à ses cris, elle n'était pas tenue pour responsable. Ces passages semblent indiquer qu'en criant, la jeune fille alerterait les voisins et ferait fuir l'agresseur; elle serait ainsi sauvée, et cela en dépit du fait que l'homme menaçait de la tuer parce qu'elle ne cédait pas à ses instances.
Ces précédents scripturaux s'appliquent aux chrétiens qui sont sous le commandement suivant: "Fuyez la fornication" (I Cor. 6:18, MN). Par conséquent, si une chrétienne ne crie pas et ne fait pas tout son possible pour fuir, on peut considérer qu'elle s'est prêtée au viol. Lorsqu'une chrétienne se trouve devant une telle situation, elle doit crier et faire preuve de courage pour agir selon le conseil des Ecritures, afin de rester pure et d'obéir aux commandements de Dieu. En réalité, ces conseils sont donnés pour son bien car, si elle se soumettait aux désirs passionnés de l'homme, non seulement elle se prêterait complaisamment à la fornication ou à l'adultère, mais encore elle se couvrirait de honte. Elle n'aurait pas seulement été victime d'un acte ignoble mais elle aurait aussi violé la loi de Dieu en ayant eu des relations sexuelles avec un autre que son conjoint légal, ce qui serait aussi une cause de honte. De plus, elle risquerait d'avoir un enfant sans être mariée ou de contracter une terrible maladie auprès de son vil agresseur.
Il est vrai que cette femme peut avoir la crainte de voir son agresseur mettre sa menace à exécution; mais quelle garantie a-t-elle qu'un criminel aussi dégénéré ne la tuera pas après avoir assouvi sa passion? En fait il est très probable qu'un tel individu, peut-être déjà poursuivi par la justice, tuera sa victime après l'agression de peur que celle-ci ne le dénonce et donne son signalement aux autorités, et qu'il soit ainsi identifié. Dans ce cas, la femme qui observe les conseils scripturaux et crie, contribuera à son salut en attirant l'attention des gens et en obligeant son agresseur à fuir sur-le-champ; autrement, il pourrait être amené à croire qu'il a intérêt à se débarrasser d'elle par crainte d'être reconnu plus tard.
Dans la plupart des cas, il ne s'agit simplement que d'intimider l'adversaire, les cris de la jeune fille pouvant provoquer son arrestation pour tentative de viol. S'il mettait sa menace à exécution et commettait un meurtre, selon toute vraisemblance il devrait s'attendre à être arrêté et condamné pour ce crime bien plus grave. Cependant, il se peut que l'agresseur, au lieu de fuir immédiatement, frappe sa victime ou la blesse superficiellement pour étouffer ses cris; mais cette souffrance physique n'est-elle pas insignifiante auprès de la honte et du déshonneur qu'il y aurait à céder à un homme immoral?
Une chrétienne a le droit de défendre sa virginité ou sa fidélité conjugale jusqu'à la mort. Elle aura plus de facilité à se défendre contre un individu qui veut la souiller, si elle fait preuve de courage et de promptitude d'esprit. Comme nous l'avons déjà dit, elle devrait chercher en premier lieu à effrayer son prétendu ravisseur, en criant et en faisant le plus de bruit possible, afin d'attirer les gens et d'être secourue. Si personne ne vient à son secours, elle a alors le droit de défendre sa vertu par tous les moyens en son pouvoir.

(L'article se termine par la condamnation du monde qui a atteint un point d'avilissement sans précédent, l'annonce habituelle que "nous vivons dans les derniers jours", et un conseil donné aux chrétiennes: "ne jamais sortir seule, surtout lorsqu'il fait noir").


Avant de poursuivre notre examen, notez bien ceci :

En prenant pour appui Deutéronome chapitre 22 versets 23 à 27, la Société omet de mentionner les versets 28 et 29. Nous y lisons: "Si un homme rencontre une fille, une vierge qui n'a pas été fiancée, si vraiment il s'en empare et couche avec elle, et qu'ils aient été surpris, alors l'homme qui a couché avec elle devra donner au père de la fille cinquante sicles d'argent, et elle deviendra sa femme parce qu'il l'a humiliée. Il n'aura pas le droit de divorcer d'avec elle durant tous ses jours".
En d'autres mots, si les versets 23 à 27 doivent être appliqués à la lettre, logiquement il faut faire de même avec les versets 28 et 29 : le violeur doit épouser sa victime et donner de l'argent à son futur beau-père (... sauf, remarquez, s'ils n'ont pas été surpris! - voir fin du verset 28).




Dix ans passèrent; le point de vue de l'organisation n'avait pas changé.

Dans l'article "Que peut faire une femme menacée de viol ?" paru dans le "Réveillez-Vous!" du 8 juillet 1974 (pages 13 à 16), nous lisons ce qui suit à la page 14, 4ème paragraphe:

(Cadre: une chrétienne menacée d'être violée parle à un homme qui lui a défendu de crier)

"Elle (lui) expliqua que le mariage est une chose honorable devant Dieu, qu'elle était mariée et que ce qu'il voulait faire n'était pas honorable. En outre, si elle ne criait pas, elle rompait ses relations avec Jéhovah Dieu et la congrégation chrétienne; elle serait alors exclue de la congrégation et, pour elle, c'était pire que d'être tuée."


Ainsi, on ne peut être plus clair : ne pas crier = fornication = exclusion.




Bien plus tard, en 1983, la Tour de Garde du 15 juin énonçait ce qui suit: "Un homme ou une femme violé de force n'est pas coupable de porneïa".
Cette petite phrase anodine apparaît en très petits caractères au bas de la page 30, sous forme de simple remarque. Elle fait partie d'un article qui n'est pas un sujet d'étude.

Certains observateurs en avaient conclu un peu trop rapidement que la Watch Tower commençait à lâcher du lest et avait déployé sa tactique coutumière lorsqu'elle veut "faire passer" sans trop de dommages une "nouvelle lumière" dure à avaler: l'insérer dans un périodique - 1) en caractères à peine lisibles - 2) dans un article qui n'est pas examiné à la Salle du Royaume.

Mais les observateurs se trompaient, le moment n'était pas encore venu pour "une compréhension affinée".
L'obligation de crier était maintenue. Et elle le sera pendant de nombreuses années.


Parcourons quelques périodiques:


"Réveillez-Vous!" du 8 mai 1984 (page 27)

Elles ont résisté à des violeurs
Soyez prête à résister

Pour une femme, il n'y a sans doute rien de plus effrayant ou d'éprouvant qu'un viol. Peut-être refuse-t-elle même d'y penser. Cependant, c'est une réalité. La Bible elle-même parle de viols et de tentatives de viols qui ont eu lieu il y a des milliers d'années. — Genèse 19:4-11; 34:1-7; Juges 19:22-27; II Samuel 13:1-14.
Dans l'ancien Israël, la loi de Dieu exigeait qu'une femme attaquée crie, donc oppose de la résistance (Deutéronome 22:23-27). C'est la voie sage. Selon Keith Kilbride, inspecteur en chef du bureau de la prévention du crime du West Yorkshire, en Angleterre, "si une femme est attaquée, ses meilleures armes sont encore ses poumons".

"Réveillez-Vous!" du 8 septembre 1984 (page 28)

Nos lecteurs nous écrivent
Résister aux violeurs

Merci pour l'article "Elles ont résisté à des violeurs" (édition française du 8 mai 1984). Il y a onze ans de cela, j'ai été attaquée par le fils des gens chez qui je faisais le ménage. Je n'avais que seize ans à l'époque. Je me suis souvenue que je devais crier et ne pas lui céder. Je l'ai mordu à la lèvre et j'ai essayé de crier mais il m'a attrapée par les cheveux et m'a mis la main sur la bouche. J'ai essayé de le mordre à nouveau et j'ai prié Jéhovah pour qu'il m'aide à me défendre. J'ai continué à me débattre jusqu'à ce que cet homme se relève tout à coup et s'assoie sur une chaise en me regardant fixement. Puis il est sorti de la maison. Je pense qu'il est important de noter qu'il ne m'était pas complètement étranger. Il est bon que les femmes se tiennent sur leurs gardes et pensent à l'avance à ce qu'elles feraient si un tel cauchemar leur arrivait un jour.
C. H., États-Unis

J'ai été profondément troublée par l'article "Elles ont résisté à des violeurs". Je suis bouleversée à l'idée que quelqu'un puisse considérer que la victime d'un viol est coupable de fornication. Les Écritures que vous citez en Deutéronome exigent seulement que la femme crie, pas qu'elle se batte à mort.
C. W., États-Unis

Merci pour votre article "Elles ont résisté à des violeurs". J'ai vraiment apprécié les bons conseils que vous y donnez: Utiliser nos poumons et traiter le violeur avec un certain respect. J'ai également trouvé instructives les expériences vécues par ces femmes qui ont résisté victorieusement à des violeurs.
T. C., États-Unis

Votre article "Elles ont résisté à des violeurs" m'a beaucoup troublée. J'ai été violée par un homme qui m'a attaquée avec un couteau. Je n'ai pu crier qu'une fois, parce que j'ai été étouffée par une grande main appuyée sur ma bouche. Je me suis battue jusqu'au moment où je me suis évanouie. Comme j'ai survécu, cela me trouble de penser que j'ai commis la fornication. Vous conseillez de montrer du respect aux violeurs. Ces hommes, eux, ne montrent aucun respect pour leur victime. Ils ne se soucient pas de détruire une femme et de lui laisser un souvenir atroce jusqu'à la fin de sa vie. À moins d'avoir personnellement subi ce crime horrible, on ne peut vraiment pas comprendre.
A. G., États-Unis


Réponse des éditeurs : Pour que la victime soit considérée comme coupable de fornication, il faudrait prouver qu'elle était consentante. Apparemment, le texte de Deutéronome 22:25-27 exige que la femme résiste en criant afin qu'on ne puisse pas la soupçonner d'avoir été consentante. L'importance de résister a été soulignée par une sociologue de l'université de l'Illinois (États-Unis), Pauline Bart, qui réalisa une étude sur des femmes qui ont repoussé des violeurs. D'après un journal canadien ("The Edmonton Journal", 10 novembre 1983), elle déclare dans ses recherches: "En se débattant, une femme accroît de façon considérable ses chances d'éviter le viol (...). Ne pas résister ne vous assure pas que vous serez traitée avec humanité." Elle ajoute: "Les femmes violées qui se sont défendues risquent moins d'être déprimées que celles qui ont été violées mais n'ont pas résisté physiquement à leurs assaillants." À propos du respect à montrer au violeur en puissance, ce n'est pas qu'il le mérite, mais en le traitant poliment, cela peut faire naître chez lui un sentiment de considération qui permettra à la victime de se tirer d'une situation très dangereuse.


"Réveillez-Vous!" du 22 mai 1986 (pages 22-24)

"Maintenant tu vas mourir!"

Un violeur pénètre chez une chrétienne
Deux mains rugueuses se sont plaquées sur ma gorge. Aussitôt, je me suis débattue pour crier.
"Arrête! Arrête de crier et je ne te ferai pas de mal", a ordonné l'homme en resserrant son étreinte.
Mais je ne le croyais pas, et je n'ai pas obéi, essayant encore de crier. Je lui ai griffé le visage, faisant sauter ses lunettes et son dentier. Alors qu'il s'acharnait à me toucher et à me maîtriser, j'ai planté mes ongles profondément dans ses orbites. Je hurlais. Au moment où ses doigts se sont rapprochés de ma bouche, j'ai mordu de toutes mes forces.
Croyez-le ou non, je n'avais pas peur; la peur devait venir plus tard. Sur le moment, j'étais hors de moi! Il n'était pas question que ce monstre force ma porte et me viole, ni là, ni ailleurs!
Mais l'homme s'entêtait. S'emparant d'une ceinture qui traînait, il m'a lié les mains derrière le dos, après plusieurs tentatives, car chaque fois j'arrivais à me dégager. Pendant qu'il m'enserrait le cou d'un bras, il a cherché à tâtons ses lunettes et son dentier sur le sol. Soudain je me suis libérée et, inexplicablement, je me suis mise à projeter des objets à travers la pièce en poussant des cris incohérents, comme si j'avais perdu la raison.
Momentanément dérouté, mon agresseur a marqué un temps d'arrêt en demandant: "Qu'est-ce qui se passe?" J'en ai profité pour fuir. Mais il m'a attrapée, m'a entraînée vers la chambre et m'a jetée sur le lit. Après m'avoir de nouveau attaché les mains, il a pu commencer à me déshabiller en partie. Je me contorsionnais dans tous les sens en décochant des coups pour le faire lâcher prise. J'avais horreur de son langage grossier et de l'acte répugnant qu'il voulait me forcer à commettre!
Pour la dernière fois, j'ai libéré mes mains de la ceinture, j'ai repoussé l'homme et me suis ruée vers la porte d'entrée. J'allais tourner la poignée quand il m'a agrippée par derrière et m'a jetée à terre. J'ai pu me saisir d'un couteau de cuisine que j'ai brandi vers ses jambes. "Ah! c'est comme ça! a rugi l'homme. Eh bien, maintenant tu vas mourir!" À ces mots, il a commencé à me cogner furieusement la tête, et je me suis évanouie.
Je me dis après coup que j'aurais dû être plus prudente. J'ai toujours veillé à éviter les problèmes et les fauteurs de troubles quand j'étais hors de chez moi. Je me suis toujours déplacée avec mon mari, qui est Témoin de Jéhovah lui aussi. J'ai toujours évité les lieux où de tels criminels peuvent rôder, et je me suis toujours vêtue avec modestie. Mais je n'avais tout simplement jamais imaginé qu'un violeur aurait l'audace de venir m'attaquer jusque sous mon toit.
Cet homme travaillait sur un chantier près de chez nous. L'entrepreneur du bâtiment s'était entendu avec nous pour brancher dans notre maison une ligne électrique qui servait à faire fonctionner les appareils du chantier. Parfois, quand la ligne était trop chargée, un ouvrier venait réenclencher un disjoncteur dans notre sous-sol. C'était un arrangement pratique, mais peu sage.
L'homme avait de toute évidence projeté de me prendre au dépourvu. Sans doute avait-il escompté que, paralysée et sous le choc, je lui cède aveuglément. Certes, j'ai bien eu un choc quand il a bondi sur moi, mais je n'ai pas été intimidée. Je n'ai pas même réfléchi à ce qu'il fallait faire, j'ai juste réagi: immédiatement, j'ai explosé en cris frénétiques, me débattant à coups d'ongles, de pieds, de dents. Je n'aurais pu trouver mieux; en effet, ma contre-attaque virulente a surpris mon adversaire. Dès le début, j'ai été moralement stimulée à l'idée que l'homme n'était pas entièrement maître ni de lui ni de moi. J'étais donc plus que déterminée encore à lutter, car cela avait renforcé mon espoir de pouvoir l'emporter.
J'ai retrouvé mes esprits assise à l'avant d'une voiture en pleine circulation. Cette fois, la ceinture était solidement nouée autour de mon cou, comme la laisse d'un chien, et mon ravisseur la maintenait tendue tout en conduisant. Alors que je revenais à moi, la réalité m'est apparue brusquement, comme un éclair fulgurant: le lieu où j'étais, ce qui m'y avait amenée. D'un coup, ma rage a repris le dessus.
J'ai tiré sur le volant, dans un effort désespéré pour obliger la voiture à quitter la route.
J'étais certaine qu'à présent ce détraqué se préoccupait plus de m'éliminer que de me violer. Il m'aurait tuée pour rendre toute identification impossible. J'étais exténuée par près d'une heure de lutte constante, mais ma résistance sauvage a eu raison de lui. Fatigué et étourdi, l'homme a fini par se garer sur le bas-côté, puis il m'a poussée hors de la voiture. Un automobiliste s'est arrêté et m'a conduite à l'hôpital.
J'avais gagné! L'homme ne m'avait pas violée! J'avais triomphé, je n'étais pas la victime! Ma conscience était pure, mon honneur et ma dignité intacts. En outre, j'étais demeurée intègre devant Jéhovah, le Dieu Tout-Puissant!
Cela ne veut pas dire que les jours suivants, à l'hôpital, je me sois sentie transportée de joie et de fierté. J'étais sérieusement ébranlée, toute meurtrie, et pas très belle à voir. Alors que la frayeur ne m'avait pas saisie au moment de l'agression, j'étais à présent en proie à des débordements de peur. Mon esprit ne cessait d'évoquer, inutilement, ce qui aurait pu arriver. Dans le même temps, des inspecteurs de police m'ont interrogée, et j'ai appris avec horreur que l'ignoble individu venait de purger une peine de prison pour viol et avait été libéré sur parole à peine six semaines auparavant.
À ma sortie de l'hôpital, j'ai encore dû endurer l'épreuve traumatisante d'une séance d'identification. En effet, j'avais porté plainte. J'estimais que cet homme devait être puni; c'était rendre service aux autres femmes qui risquaient d'être attaquées, mais aussi à moi-même, pour que justice soit faite et pour me confirmer que j'étais toujours maître de mon sort. J'ai reconnu mon agresseur sans difficulté dans la file des suspects. C'était celui qui avait le visage bandé et la main dans le plâtre!
À l'hôpital et chez moi, dans les semaines qui ont suivi l'événement, j'ai été réconfortée par les nombreuses cartes, lettres et visites que j'ai reçues de mes compagnons chrétiens des congrégations de Témoins de Jéhovah locales. Certains affirmaient être fiers de moi.
D'autres ne savaient pas quoi dire, mais en venant me voir ils me montraient un intérêt sincère. Quelques-uns me qualifiaient d'héroïne, ce que je ne suis pas, toute fausse modestie mise à part. Face à un danger que je n'avais pas vu venir, j'ai simplement appliqué ce que la Bible m'avait appris, ce qui m'a sauvée.
Comme je suis une femme comme les autres, j'ai eu besoin d'être rassurée plus d'une fois au cours de ma convalescence. J'ai traversé des jours très sombres. Pendant quelque temps, j'ai refusé de sortir en public. Si certains jours j'arrivais à faire assez bonne figure, mon mari peut vous dire que parfois je tremblais sans arrêt, incapable de me calmer, tandis que mon cœur et mon esprit s'employaient à chasser ce cauchemar pour l'oublier. Ce qui m'a le plus aidée à me rétablir a sans doute été de penser que grâce au soutien de Jéhovah j'avais agi comme il le fallait et de mon mieux. Dans les moments meilleurs, je trouvais même des raisons de me réjouir. Combien de fois ce passage de la Bible m'a-t-il apaisée: "Si une jeune personne vierge est fiancée à un homme et qu'un homme, l'ayant rencontrée dans la ville, ait couché avec elle, alors vous devrez les faire sortir tous deux à la porte de cette ville et les cribler de pierres, et ils devront mourir, la jeune personne parce qu'elle n'a pas crié dans la ville, et l'homme parce qu'il a humilié la femme de son semblable. Ainsi tu devras éliminer du milieu de toi ce qui est mal. Mais si c'est dans la campagne que l'homme a rencontré la jeune personne, la fiancée, et si l'homme l'a saisie et a couché avec elle, alors l'homme qui a couché avec elle devra mourir seul, et tu ne devras rien faire à la jeune personne. La jeune personne n'a pas de péché qui mérite la mort, car, comme quand un homme se dresse contre son semblable et l'assassine, oui, une âme, ainsi en est-il dans ce cas. Car c'est dans la campagne qu'il l'a rencontrée. La jeune personne, la fiancée, a crié, mais il n'y avait personne pour la secourir." — Deutéronome 22:23-27.
J'étais profondément heureuse d'avoir connu ces paroles toutes simples. Elles m'avaient appris quel était mon devoir moral, m'avaient évité la confusion et l'hésitation. Grâce à elles, j'avais su exactement ce qu'il fallait faire. J'avais crié et, d'autre part, j'avais résisté. Je m'étais fiée aux instructions de la Bible, et j'ai pu constater qu'elles sont infaillibles. Mon mari et moi avons souvent prié ensemble, et j'ai retrouvé ma force et mon équilibre.
Je ne souhaite à aucune femme d'être victime d'une tentative de viol, et encore moins d'un viol. Pourtant, il se commet un viol toutes les sept minutes aux États-Unis, d'après un rapport du F.B.I. sur la criminalité aux États-Unis. Dans mon cas, j'ai gardé confiance en Jéhovah, je me suis rappelé ses paroles, j'ai crié. Et en plus, j'ai lutté.
En temps voulu, ce violeur en liberté conditionnelle, qui m'avait attaquée, est passé en jugement. Le 7 février de cette année, il a été déclaré coupable des crimes suivants: tentative de meurtre, effraction, tentative de viol et enlèvement.
En définitive, notre confiance courageuse en Dieu doit toujours l'emporter sur la crainte de l'homme. Faisons nôtre ce psaume de David auquel nous souscrivons sans chanceler: "En Dieu j'ai mis ma confiance. Je n'aurai pas peur. Que peut me faire l'homme terrestre?" — Psaume 56:11. — D'une de nos lectrices.

Encadré, page 23:

Pourquoi vous devriez résister dès le début à votre agresseur:
1. L'homme peut en être très surpris et vous laisser.
2. Vous pouvez blesser votre agresseur et avoir une chance de fuir.
3. Votre résistance peut refroidir son ardeur sexuelle ou le fatiguer, et le faire battre en retraite.
4. Votre lutte peut inciter des passants à vous venir en aide.
5. Vous aurez la conscience nette. (Même si vous êtes violée, vous n'aurez pas sacrifié votre dignité et votre pureté aux yeux de Dieu.)
6. Les blessures infligées à votre agresseur aideront la police à l'identifier (par exemple les débris de peau sous vos ongles).


"Réveillez-Vous!" du 8 octobre 1986 (page 28)

Nos lecteurs nous écrivent
Comment résister aux violeurs

Merci pour votre article "Maintenant tu vas mourir!". (22 mai 1986.) Je désire toutefois vous faire part de quelques-unes de mes inquiétudes à propos des conseils qui y sont donnés. Certains violeurs se montrent très agressifs et sadiques envers leur victime. Ils ont une arme et sont bien décidés à s'en servir au moindre obstacle. L'Association urbaine contre les agressions sexuelles, dont je fais partie, conseille aux victimes de résister aux violeurs. Mais si une femme est paralysée par la peur ou sent qu'elle ne doit pas se défendre, nous reconnaissons qu'il est préférable qu'elle agisse ainsi. À notre avis,il vaut mieux qu'elle sorte vivante de cette épreuve plutôt qu'elle se fasse tuer ou sérieusement blesser.
P. R., États-Unis


Réponse des éditeurs : La Bible soutient qu'une femme agressée par un violeur doit crier et résister. Il est vrai qu'elle doit déterminer à quel point sa vie est en danger et agir en conséquence. Nous pensons que c'est ce qui ressort des conseils donnés dans l'encadré de la page 23 (22 mai 1986). Il faut se rappeler que le fait de se laisser violer ne donne à la victime aucune garantie qu'elle ne va pas ensuite être battue ou tuée. Vous pouvez vous reporter à l'article "Elles ont résisté à des violeurs" paru dans notre édition du 8 mai 1984.


"Réveillez-Vous!" du 22 avril 1989 (page 8)

La violence - Comment vous en protéger

Allez-vous prendre le risque de perdre la vie pour avoir voulu défendre votre argent?
Devant une tentative de viol, la meilleure défense d'une femme est de CRIER


"Réveillez-Vous!" du 8 juillet 1991 (page 13)

Autodéfense - Jusqu'où le chrétien peut-il aller?

Une femme menacée de viol doit crier et utiliser tous les moyens à sa disposition pour résister à son agresseur. — Deutéronome 22:23-27.


Epinglons ceci :

Dans le "Réveillez-Vous!" du 8 septembre 1984, "Les éditeurs", c'est-à-dire les responsables de la Watch Tower, conseillent : "À propos du respect à montrer au violeur en puissance, ce n'est pas qu'il le mérite, mais en le traitant poliment, cela peut faire naître chez lui un sentiment de considération qui permettra à la victime de se tirer d'une situation très dangereuse".

Par contre, dans le "Réveillez-Vous!" du 22 mai 1986, les mêmes "éditeurs" conseillent : "Vous pouvez blesser votre agresseur et avoir une chance de fuir. Les blessures infligées à votre agresseur aideront la police à l'identifier (par exemple les débris de peau sous vos ongles)".

... Une excellente façon de se montrer poli. Vous constaterez à quel point les sages avis de Brooklyn peuvent se contredire.




C'est en 1993 que va se produire un retournement complet de situation.

"Réveillez-Vous!" du 8 mars, pages 4-5

Viol: les faits
Les idées reçues à l'épreuve des faits

Passons en revue certaines de ces idées reçues qui conduisent à accuser les victimes et perpétuent des attitudes propres à encourager les violeurs:

Idée reçue: Le violeur est toujours un inconnu.
Fait: Dans la majorité des cas, l'auteur du viol est une connaissance en qui la victime avait confiance. Une étude a montré que 84 % des femmes violées connaissaient leur agresseur et que 57 % des viols se produisaient à la suite d'un rendez-vous. Une femme sur sept sera violentée par son mari. Qu'il soit perpétré par un inconnu, un petit ami, voire un mari, le viol est un acte brutal et psychologiquement traumatisant.

Idée reçue: On ne peut parler de viol que si la femme porte les stigmates de sa résistance, des hématomes par exemple.
Fait: Qu'elles résistent physiquement ou non, peu de femmes présentent des marques visibles, telles que des hématomes ou des coupures.

Idée reçue: La victime d'un viol porte une part de responsabilité si elle ne fait rien pour résister.
Fait: On définit le viol comme l'action d'avoir des relations sexuelles, quelle qu'en soit la nature, commise par usage de la force ou sous la menace, contre la volonté de la victime. C'est donc l'usage de la force envers une victime non consentante qui fait de l'agresseur un violeur. Par conséquent, la personne violée n'est pas coupable de fornication. À l'instar d'une victime de l'inceste, elle subit la contrainte de son agresseur, ce qui peut l'amener à se soumettre. Ce n'est pas parce qu'une femme est obligée de se soumettre à un violeur sous l'effet de la terreur ou de l'affolement qu'elle consent à l'acte. Le consentement repose sur la possibilité de choisir en dehors de toute menace; il est actif, et non passif.

Idée reçue: Le viol est un acte passionnel.
Fait: Le viol est un acte de violence. Les hommes ne violent pas seulement pour assouvir un désir sexuel, mais aussi pour le plaisir de dominer quelqu'un.

Idée reçue: Une femme peut exciter ou émoustiller un homme au point qu'il ne puisse plus maîtriser ses désirs sexuels.
Fait: Les violeurs n'ont pas une libido plus exacerbée que les autres. Au contraire, un tiers d'entre eux se révèlent incapables de consommer l'acte sexuel. Dans la plupart des cas, les viols sont programmés et non spontanés. En général, le violeur attire sa victime dans un traquenard, soit qu'il la suive jusqu'à un endroit désert s'il ne la connaît pas, soit qu'il s'arrange pour se trouver en tête à tête avec elle s'il la connaît déjà.

Idée reçue: Les femmes déforment les faits pour se venger d'un homme ou parce qu'elles se sentent coupables d'avoir eu des relations sexuelles.
Fait: La proportion de faux témoignages en matière de viol n'est pas plus élevée que pour les autres formes de criminalité violente: 2 %. Par contre, les spécialistes s'accordent pour dire qu'un nombre très important de viols ne sont pas signalés.

Idée reçue: Une femme peut "inviter" au viol en portant une tenue provocante, en buvant de l'alcool, en laissant un homme régler sa note de restaurant ou en acceptant d'aller chez lui.
Fait: Ce n'est pas parce qu'une femme fait preuve de mauvais jugement ou qu'elle est naïve ou ignorante qu'elle mérite d'être violée. Les violeurs portent seuls la responsabilité du viol.



Avez-vous bien lu?
"Idée reçue: La victime d'un viol porte une part de responsabilité si elle ne fait rien pour résister".

Ainsi, ce que la Société a prêché pendant de nombreuses années n'est plus qu'une "idée reçue" !

Ou encore: "C'est donc l'usage de la force envers une victime non consentante qui fait de l'agresseur un violeur. Par conséquent, la personne violée n'est pas coupable de fornication".
Ce qui signifie implicitement que la déclaration du 15 juin 1983 "Un homme ou une femme violé de force n'est pas coupable de porneïa" devient "Un homme ou une femme violé n'est pas coupable de porneïa".




Ce volte-face tient peu compte des femmes qui ont subi de graves sévices dans les années 1960-1970, particulièrement en Afrique.

Tous ceux qui connaissent l'histoire des Témoins de Jéhovah savent à quel point les viols de femmes ont été innombrables au Malawi et au Mozambique.


Criez ! criez ! Filles africaines ...


Pour avoir obéi aux directives de la Watch Tower, elles sont nombreuses toutes celles qui sont mortes, toutes celles qui ont été affreusement mutilées, toutes celles qui sont estropiées à vie. Jeunes filles, elles attendaient le monde nouveau. Comble de la dérision, elles se sont sacrifiées pour "une idée reçue". A présent, elles ont cinquante ans et plus et traînent leurs misères dans les rues de Lilongwe et de Maputo.

On leur avait dit, ne l'oubliez pas:
"Si vous ne criez pas, si vous ne vous défendez pas, vous serez des fornicatrices, vous serez exclues, privées de la vie éternelle"







Les auteurs soulignent que cet exposé,
s'il s'adresse aux Africaines
qui ont souffert de viols brutaux,
a aussi été conçu en mémoire
de toutes les femmes du monde
qui ont subi des sévices semblables.






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