Les "Standfasters"

Une contradiction




Brooklyn
Rag Time - 1914




Au cours de la guerre 1914-1918, des membres influents de la Watch Tower ont eu une conduite plutôt douteuse quant à la "neutralité chrétienne".

La Société le reconnaît et parle même d'une responsabilité collective qu'elle a partagé dans la dette de sang versé à cette époque. (voir note 1).

Nous lisons dans le livre : "Fin prochaine de la détresse mondiale", publié en anglais en 1975 et en français en 1979 (pages 186 et 187) :



"Durant la première guerre mondiale, certains membres du reste de l'Israël spirituel acceptèrent de servir dans des unités non combattantes des armées en présence. Ils se chargèrent ainsi d'une dette de sang, car ils partagèrent la responsabilité collective du sang versé durant cette guerre."


C'est pourquoi, certains se détachèrent de l'organisation, choqués par l'attitude de ces responsables (qui remplaçaient Rutherford et les sept membres du Béthel de Brooklyn qui étaient en prison).

Ceux qui se séparèrent ainsi prirent le nom de "Standfasters", c'est-à-dire "Ceux qui tiennent ferme".


Dans la "Tour de Garde" du 1er mai 1985 (page 21), Karl Klein, un des membres du Collège central, raconte ses expériences et décrit la situation telle qu'elle se présentait en cette période de guerre.
Il montre comment lui-même était prêt à rejoindre les "Standfasters", mais aussi pourquoi il resta finalement attaché aux "Etudiants de la Bible", principalement sur le conseil de sa mère.
Curieusement, Klein admet que "Ceux qui tiennent ferme" avaient le bon point de vue sur la question de la neutralité.



Peu après mon baptême, en 1918, ma fidélité aux Etudiants de la Bible a été mise à l'épreuve. La Première Guerre mondiale faisait rage et, bien que les frères les plus en vue aient été emprisonnés injustement à cause de leur position vis-à-vis du conflit, ceux qui étaient à la tête en leur absence ne comprenaient pas toute l'importance de la neutralité chrétienne. D'autres, qui avaient le bon point de vue sur cette question, s'en sont offusqués et se sont séparés des Etudiants de la Bible en se donnant le nom de Standfasters ("ceux qui tiennent ferme"). Ils m'ont dit que si je restais parmi les Etudiants de la Bible je ne pourrais plus faire partie du "petit troupeau" des disciples oints de Jésus (Luc 12 : 32). Bien qu'elle ne se fût pas encore vouée à Dieu, ma mère m'a aidé à prendre la bonne décision. Je ne pouvais décidément pas me résoudre à quitter ceux de qui j'avais tant appris. J'ai donc décidé de partager le sort des Etudiants de la Bible."


Dans la "Tour de Garde" du 15 mars 1996 (pages 17 et 18), l' "esclave fidèle et avisé" pense probablement à des gens comme les Standfasters, bien qu'il ne les nomme pas.
L'organisation reproche à certains d'avoir quitté les rangs des serviteurs de Dieu avant de recevoir de nouveaux "éclaircissements" sur les problèmes qui les préoccupaient.
Ils ont bien sûr eu tort de ne pas avoir patiemment attendu.



"Qu'allons-nous faire ? Nous offusquer et quitter l'organisation de Jéhovah ? C'est ce que certains ont fait quand, il y a des années, la Société Watch Tower a appliqué la nouvelle alliance au Millénium. D'autres ont été choqués par les propos qui avaient été tenus dans la Tour de Garde au sujet de la neutralité. Si ceux qui ont trébuché sur ces points avaient été fidèles à l'organisation et à leurs frères, ils auraient attendu que Jéhovah éclaircisse ces questions, ce qu'il a fait en temps voulu. Ainsi, être fidèle, c'est aussi attendre patiemment que l'esclave fidèle et avisé publie de plus amples explications."


Disons, entre parenthèses, que les Standfasters auraient dû encore attendre longtemps (plus de 20 ans) pour avoir "de plus amples explications" quant à la neutralité.
En effet, toujours dans le livre "Fin prochaine de la détresse mondiale", nous lisons ceci (voir note 2) :



Cependant, en 1939, année où éclata la Seconde Guerre mondiale, tous les Israélites spirituels ainsi que la "grande foule" de leurs compagnons, les "brebis", se prononcèrent pour le maintien d'une neutralité absolue, quelle que soit leur nationalité, vis-à-vis de tous les conflits mondiaux.
L'article "Neutralité", paru dans La Tour de Garde anglaise du 1er novembre 1939, expliquait leur position."


Nous le savons, la Société parle très souvent de la responsabilité totale du clergé quant à la dette de sang.
Par exemple, dans le livre "Le Royaume millénaire de Dieu s'est approché" publié en anglais en 1973 et en français en 1975, aux pages 377 et 378, elle affirme (voir note 3) :



L' "homme qui méprise la loi" est un "homme" collectif, c'est-à-dire tout le clergé de l'Eglise dite chrétienne. Naturellement, ce que fait tel membre éminent de
l' "homme" ecclésiastique rejaillit sur tous les autres membres de la classe du clergé, soit parce qu'ils approuvent ce qui se fait, soit parce qu'ils s'abstiennent de protester, soit parce que, étant d'accord, ils demeurent dans les rangs du clergé. Ils sont collectivement responsables et coupables pour tout ce qu'un membre de la classe du clergé fait à titre représentatif, par exemple quand il parle ou agit au nom de tout le groupe."


Dans le "Réveillez-Vous !" du 8 septembre 1987, les adeptes de la chrétienté sont invités à quitter rapidement la fausse religion pour échapper au jugement collectif :



Que ferez-vous si votre Eglise ne réagit pas ?

Si, après vous êtes prêté à un examen honnête, vous n'êtes pas satisfait de ce que vous avez vu, ne vous contentez pas de le déplorer. Un journaliste, analysant la pensée de Karl Barth selon laquelle ce sont ses membres qui font une Eglise, en a logiquement conclu: "Les membres de l'Eglise (...) sont responsables de ce qu'elle dit et de ce qu'elle fait." Par conséquent, demandez-vous : Suis-je prêt à porter ma part de responsabilité dans tout ce que mon Eglise dit et fait ? Suis-je fier d'avoir pour frères spirituels tous ses autres membres ?
Tout en examinant ces questions, ne perdez pas de vue la portée d'Apocalypse 18:4,8. Parlant de l'empire universel de la fausse religion, qui s'est attiré la défaveur de Dieu, ces versets donnent l'avertissement suivant : "Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies: car (...) en un seul jour viendront ses plaies, mort, et deuil, et famine, et elle sera brûlée au feu; car le Seigneur Dieu qui l'a jugée est puissant !"
Peut-être pensez-vous sincèrement que votre Eglise ne fait pas partie de la fausse religion que, conformément à sa parole, Dieu va bientôt détruire, mais en êtes-vous certain ? Votre vie en dépend.
La fausse religion n'en a plus pour longtemps, de même ceux qui la soutiennent. La vraie religion existera toujours, ainsi que ceux qui la pratiquent. A vous de faire votre choix en conséquence."



La contradiction est évidente. Elle fait partie de ce double langage que la Watch Tower manipule avec tant d'élégance et de raffinement.




Ainsi, avec une logique implacable qui est bien à elle, la Watch Tower en déduit que :





NOTE 1 : Lorsque la Société admet ses erreurs, ce n'est pas vraiment par souci de confession et de repentir, mais surtout parce qu'un tel "péché" cadre bien avec certaines "interprétations prophétiques" en sa faveur.

NOTE 2 : Cette phrase suit immédiatement celle mentionnée au début (... car ils partagèrent la responsabilité collective du sang versé durant cette guerre).

NOTE 3 : Le choix de ce livre se justifie parce qu'il est contemporain de l'autre ouvrage cité : "Fin prochaine de la détresse mondiale".






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