VACCINATION, TRANSPLANTATION, TRANSFUSION,
JAMAIS DEUX SANS TROIS
In Memoriam
Stéphane Roger
LA VACCINATION
La vaccination a d'abord été formellement interdite. Tout Témoin de Jéhovah qui se faisait vacciner commettait un péché très grave, une violation directe de la loi divine.
"Vaccination is a direct violation of the everlasting covenant that God made with Noah after the flood", peut-on lire dans le "Golden Age" (ancien nom du "Réveillez-Vous!) du 4 février 1931. ("La vaccination est une violation directe de l'alliance éternelle que Dieu contracta avec Noé après le déluge").
La Société se réfère donc ici à Genèse chapitre 9 versets 2 à 4 et assimile la vaccination à la violation de la loi sur la sainteté du sang. Il est donc aussi grave de se faire vacciner que de consommer du sang ou que de recevoir une transfusion.
Cette interdiction est maintenue pendant de nombreuses années.
Ce n'est qu'au début des années 50 que la Société change d'avis et fait de la vaccination une question de conscience.
On lit dans la Tour de Garde du 15 juillet 1953 - page 223 - Questions de lecteurs:
"Après avoir examiné la chose, il ne nous semble pas qu'elle (la vaccination) constitue une transgression de l'alliance éternelle établie avec Noé, telle qu'elle est consignée dans Genèse 9:4, ni qu'elle soit en contradiction avec la loi analogue de Dieu dans Lévitique 17:10-14. ... Il semble donc qu'on ne puisse soulever une objection quelconque à la vaccination en invoquant des raisons scripturales."
L'organisation utilise des phrases comme "après avoir examiné la chose", "il ne nous semble pas", "il semble donc", mais ce qu'elle oublie ou veut oublier, c'est que pendant cette interdiction non justifiée par la Bible, quantité de Témoins de Jéhovah ont refusé la vaccination, au même titre qu'ils refusent aujourd'hui les transfusions, jouant ainsi avec leur vie, celle de leur famille et celle des autres. Ceci a provoqué immanquablement des morts et de lourds handicaps. Pensons aux vaccins qui existaient bien avant 1950 contre la coqueluche, la rage, le typhus, la variole.
On rapporte qu'il était possible, dollars à l'appui, de se procurer aux Etats-Unis de faux certificats de vaccinations. C'était par exemple fort commode lorsqu'il fallait impérativement se rendre à l'étranger.
Une réflexion s'impose: De nombreux orateurs de la Watch Tower se sont déplacés à travers le monde avant les années 50.
En toute franchise, disons que si la vaccination était exigée par le pays visité, il n'y avait que quatre possibilités pour s'y rendre: - 1) sans vaccination - 2) avec de faux certificats - 3) en entrant clandestinement - 4) avec un vaccin administré en cachette.On a peut-être finalement accepté la vaccination dans les années 50 parce que de nombreux pays, particulièrement après la guerre de 40-45, rendaient certains vaccins obligatoires et que cela facilitait le déplacement des représentants itinérants de la Watch Tower.
Quoiqu'il en soit, la pirouette doctrinale de l'organisation est toujours la même:
On dit tout d'abord qu'une chose est interdite en citant la Bible. C'est donc Dieu qui le décrète (Golden Age du 4/2/31).
Ensuite on affirme que rien dans la Bible ne permet de dire que la chose est interdite (TG du 15/7/53).
LA TRANSPLANTATION D'ORGANE
Comme la vaccination, la transplantation d'organe a été interdite par la Société.
Accepter l'organe d'un autre humain pour être transplanté sur soi ou donner un de ses organes en vue d'être transplanté sur autrui a été considéré par "l'esclave fidèle et avisé" comme une transgression majeure de la loi divine.
La Tour de Garde du 15 août 1968 - page 509 - est très explicite à ce sujet.
La transplantation d'organe y est totalement assimilée à la loi sur la sainteté du sang. Elle équivaut à une "transfusion" de chair. Pire, à du cannibalisme, dit le périodique, une pratique répugnante.
Genèse chapitre 9, versets 2 à 4 est appliqué (comme pour la vaccination) : "Vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang."
Il est fort intéressant de noter que la Tour de Garde dit (page 510) que c'est Jéhovah qui défend la transplantation.
En 1973, un "lecteur" demande si Galates 4:15 peut s'appliquer à la transplantation ou au don d'organe. En effet l'apôtre Paul écrit: "Car je vous rends témoignage que, si cela avait été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner." (Tour de Garde du 15 octobre, page 639).C'est un coup dans l'eau, car Brooklyn répond fermement que ce texte ne peut être appliqué pour justifier une telle chose.
En 1980, revirement complet.Dans la Tour de Garde du 15 juin, page 31, la Société annonce qu'il n'y a aucun commandement précis dans la Bible interdisant les transplantations d'organes.
Cela devient une "question de conscience".C'est curieux! En 1968, c'est Jéhovah qui n'autorise pas. Tout à coup, douze ans plus tard, le décret de Jéhovah (qui est un Dieu qui ne change pas) s'est évanoui, puisqu'on ne trouve pas dans la Bible un commandement spécifique interdisant la transplantation ou le don d'organe!
Nous assistons à la répétition du scénario de la vaccination.Depuis lors, d'autres articles ont été publiés par l'organisation. La transplantation, ne commence-t-on pas à l'encourager? Il ne faut pas s'étonner, le même phénomène s'est produit avec la vaccination. Après de grandes tergiversations, elle fut mise à l'honneur dans les périodiques.
Encore une fois, pendant de nombreuses années, des Témoins de Jéhovah sincères ont refusé les transplantations, convaincus que les accepter serait violer la loi divine et mettre en jeu leur bonheur éternel.
Des milliers de familles ont connu d'épouvantables drames. Beaucoup de Témoins sont morts faute de soins appropriés.
LA TRANSFUSION SANGUINE
Les Témoins de Jéhovah sont connus pour leur refus de la transfusion. Tous ceux qui sont baptisés possèdent une carte où ils énoncent clairement ce refus, tout en spécifiant qu'ils acceptent certains produits qui remplacent le sang.
Cette carte est renouvellée chaque année, est signée par le Témoin et contresignée par deux autres personnes.Mais pour chaque Témoin de Jéhovah, une question capitale se pose:
"L'interdiction de la transfusion sanguine va-t-elle un jour disparaître comme ce fut le cas pour la vaccination et la transplantation d'organe?"
Va-t-elle, elle aussi, se muer en "question de conscience"?Beaucoup sont persuadés que l'organisation ne modifiera JAMAIS sa position quant à la transfusion. Raison: la Bible interdit de consommer le sang.
Mais, est-ce si sûr? Est-ce bien ce que la Bible enseigne?
Les Témoins de Jéhovah d'avant 1950 croyaient que JAMAIS la Société ne reviendrait sur la vaccination. Ceux d'avant 1980 croyaient qu'elle ne changerait JAMAIS sa position quant aux transplantations d'organes. Et ils avaient des textes bibliques à l'appui, pratiquement les mêmes que ceux appliqués pour la transfusion.
Tous les éléments sont présents pour affirmer que l'organisation changera sa position vis-à-vis de la transfusion sanguine, peut-être bien plus vite qu'on ne l'imagine!
Voici les signes "préparatoires" au changement:- La Watch Tower n'interdit plus l'utilisation de bon nombre de composants sanguins. En fait, tous les dérivés mineurs extraits des quatre composants majeurs (plasma, plaquettes, globules rouges, globules blancs) sont autorisés (rangés sous la rubrique "question de conscience").
- Elle permet par exemple depuis plusieurs années l'administration du facteur 8 aux hémophiles. Or, comme font remarquer certains observateurs, ce facteur (ainsi que les autres composants) est extrait d'énormes quantités de sang étranger et stocké.
- La Tour de Garde du 15 février 1997 est révélatrice. Elle montre à l'évidence le "glissement" opéré par la Société.
Nous lisons: "Une autre question, celle-ci liée à l'influence des coreligionnaires, inquiétait plusieurs médecins: Qu'arriverait-il à un Témoin qui fléchirait et accepterait une transfusion? Serait-il rejeté par la communauté?
En fait, la réponse relève de l'examen des circonstances exactes. Enfreindre une loi de Dieu est quelque chose de sérieux et doit être examiné par les anciens de la congrégation. Le désir des Témoins est de venir en aide à une personne qui a vécu l'expérience traumatisante d'une grave opération et qui a accepté une transfusion. Une telle personne, qui est très probablement malheureuse et inquiète pour ses relations avec Dieu, a besoin d'aide et de compréhension. Le fondement du christianisme étant l'amour, les anciens, comme dans toute affaire judiciaire, tempéreront la fermeté par la miséricorde." (page 20 - par. 5 et 6).(Réfléchissons un instant : Qui n'est pas stressé lorsqu'il reçoit une transfusion? La reçoit-il avec gaîté de coeur? N'est-ce pas parce qu'il y a une grave opération à la clé? Ou un terrible accident de la route? Ou une autre circonstance "traumatisante"?)
Pour terminer, mentionnons le fameux "compromis bulgare", qui n'est qu'un stratagème qu'a utilisé la Watch Tower pour se faire reconnaître par les autorités de Bulgarie.Rappelons tout d'abord les termes du communiqué venant de la Commission européenne de Strasbourg:
Communiqué du Secrétaire
de la Commission européenne des Droits de l'Homme
Mars 1998 - Rendu public mi-avril 1998.Note d'information n° 148 - II - (i) - (a) - T.J. contre Bulgarie.
L'association requérante = Association chrétienne "Les Témoins de Jéhovah"
"L'affaire portait sur le refus de réenregister l'association requérante en vertu d'une loi de 1994, et sur les mesures visant prétendument à mettre fin à ses activités et à celle de ses membres. En règlement de l'affaire, le Gouvernement (bulgare) a accepté de faire adopter dès que possible une législation prévoyant, pour les objecteurs de conscience, un service civil destiné à remplacer le service militaire, et d'enregistrer l'association requérante en tant que religion. La requérante s'est engagée, quant à sa position sur les transfusions sanguines, à intégrer dans les statuts une déclaration laissant à ses membres le libre choix en la matière s'agissant d'eux-mêmes et de leurs enfants, sans aucun contrôle ou sanction de la part de l'association."
A l'époque, beaucoup se posèrent la question : Que signifiait en réalité ce "libre choix" ? Que voulait dire la phrase "sans aucun contrôle ou sanction de la part de l'association" ?Quelques mois plus tard, on obtint la réponse, lorsque la Société appliqua le "compromis bulgare" au monde entier.
A cette occasion, plusieurs journaux publièrent un communiqué annonçant un assouplissement de la doctrine des Témoins de Jéhovah quant aux transfusions sanguines. Ces articles de presse laissaient entendre que la Société Watch Tower ne prononcerait plus aucune sanction envers l'adepte qui accepterait une transfusion.
En fait, cette organisation ne faisait qu'utiliser un subterfuge extrêmement répréhensible. Elle trompait non seulement ses membres, mais aussi les personnes de l'extérieur. C'est de la même façon qu'elle avait berné les autorités bulgares et la Commission européenne des Droits de l'homme.
Auparavent, le Témoin qui acceptait une transfusion avait deux alternatives :
1) soit "confesser" sa faute devant un comité judiciaire de responsables de la congrégation à laquelle il appartenait. Si son repentir était jugé sincère (il pouvait avoir été victime d'un moment de "faiblesse"), il n'était pas exclu mais réprimandé et "aidé spirituellement" . S'il s'agissait d'un homme, les fonctions de responsabilité lui étaient enlevées au sein du groupe, parce qu'il ne n'offrait plus l'image d'un bon exemple parmi le "troupeau" des fidèles.
2) soit ne pas se repentir, jugeant par exemple qu'il n'avait rien fait de mal. Dans ce cas, le Témoin était exclu de la communauté, avec toutes les conséquences que cela comporte (rejet total de la part de la congrégation, des membres de la famille n'habitant pas sous le même toit, avec d'immanquables frustrations et moments très difficiles à vivre).Qu'en est-il actuellement ?
Apprécions la subtilité ! Le Témoin qui accepte une transfusion à toujours deux alternatives :
1) soit "confesser" sa faute (procédure inchangée : voir ci-dessus).
2) soit ne pas se repentir, jugeant par exemple qu'il n'a rien fait de mal. Dans ce cas, automatiquement, l'adepte ne fait plus partie de la communauté, car par ses agissements, il démontre qu'il n'est plus un Témoin de Jéhovah. Il se retire volontairement.
Or, cette procédure, aussi appelée "retrait volontaire", équivaut à l'exclusion, avec les mêmes conséquences que celles citées au point 2) précédent.On constate donc clairement que la Société Watch Tower trompe les autorités, les médias, et particulièrement le corps médical. Elle ment en affirmant qu'il n'y a plus de sanction envers celui qui accepte une transfusion. Pour elle, c'est bien simple, il n'y a plus de sanction puisqu'elle n'exclut plus le coupable !
Le "compromis bulgare" révélait enfin son secret.
Voir aussi :