Un monde pourri
Cendres de Ruines
Nebel
Cet homme me dit :
"Le monde va vers sa fin.
Il est pourri jusqu'aux os."
Et silencieusement, à pas feutrés, il me conduit dans une chambre d'hôpital.
Une chambre nue, blanche et froide.
"Regardez ce lit", ajoute-t-il encore.
"Voyez ce moribond qui y passe ses derniers jours ;
C'est le monde."
"Il n'y a plus rien à faire pour le sauver. Il est corrompu, il se décompose, ses chairs tombent en putréfaction."
Et l'homme déclare qu'il est heureux, car la mort prochaine de ce monde est pour lui une bonne nouvelle.
Il se penche sur le pauvre individu, agonisant et gémissant, un individu, répétons-le, pourri jusqu'aux os, et il attend avec impatience qu'il rende son ultime soupir.
Mais voici qu'en y regardant d'un peu plus près, je constate avec stupéfaction que l'homme qui observe attentivement le mourant avec un étrange regard de pitié mêlée de dédain, subsiste uniquement parce qu'il se nourrit et s'abreuve de sa moelle et de son sang.
Tel est, hélas, l'attitude que manifeste une organisation vis-à-vis d'un monde qui n'est certes pas bien portant, mais qu'un élan d'amour, de compassion, de générosité et d'humanité pourrait soigner et guérir.
L'adepte dévoué corps et âme à cette organisation, subjugué par un endoctrinement subtil, tout en déclarant que le monde ne vaut rien, perd de vue qu'il subsiste uniquement grâce à celui-ci.
Du monde, il use de toutes les facilités : routes, voitures, transports urbains, carburants, électricité, gaz et autres énergies.
Lorsqu'il part en vacances, parce que le monde pourri lui donne des vacances, il lui arrive de consulter les agences de voyages.
Et puis il prend le train, le bateau, l'avion, dort à l'hôtel, mange au restaurant. Il va à Disneyland ou autres parcs d'attractions.
En été, il part se dorer au soleil.
En hiver, il part en montagne faire du ski.
Il visite des lieux aménagés par une engeance qu'il dit soumise au diable et rejetée par Dieu et s'en délecte.
N'oublions pas qu'il part en vacances avec l'argent que lui a donné le monde, monde qui lui a aussi octroyé du travail.
Il se sert des médecins qui viennent du monde, des médicaments, des hôpitaux, des cliniques, des ambulances, des services d'urgence, des maternités.
Il regarde la télévision, écoute la radio, va au cinéma ou au théâtre.
Il fait du sport ... dans les installations de ce monde qui se décompose.
Il ouvre le robinet, obtient de l'eau. Tire la chasse d'eau pour évacuer ses excréments.
Sa cuisine est généralement bien fournie, avec frigo, lave-vaisselle, micro-ondes.
Il consomme les aliments des supermarchés ou du magasin du coin.
Il se sert des poubelles que lui procure ce monde pourri afin qu'il ne soit pas envahi par les déchets et la pourriture.
Il vit dans une maison ou dans un appartement, a des meubles, des vêtements, du chauffage pour ne pas crever de froid l'hiver.
Il aime lire ? Il peut (si sa conscience lui permet !) acheter des livres, des tonnes de livres.
A-t-il des difficultés pour lire? L'oculiste (un homme de ce monde dépravé, monde qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez) est là pour lui procurer des lunettes.
Il va à l'école, le monde instruit ses enfants.
Il possède le téléphone, le fax, le gsm, l'ordinateur, internet, d'autres médias.
Il a ...
Arrêtons-nous ici, la liste risque d'être vraiment trop longue.
La Société qui dirige cet adepte a, elle aussi, bien besoin du monde. Sans lui, pas de papier, pas d'encre pour fabriquer des "auxiliaires blbliques", pas de grandes assemblées (il faut des locaux, des stades, il faut des hommes corrompus qui acceptent de leur donner ces locaux et ces stades), pas de cassettes audio et vidéo, pas de cd-rom, etc ...
La Société a même besoin de la chrétienté.
Sans elle, elle n'aurait pas eu la Bible.
Sans elle, elle n'aurait personne qu'elle pourrait invectiver !
Pauvre organisation divine, pauvre adepte qui la suit avec confiance, vraiment, dites-moi, que feriez-vous sans le monde en décomposition ?