Texte identique, mais plus lisible et imprimable :


M. Heuse nous signale en outre que :
"plus de 10.000 Témoins de Jéhovah souffrirent dans les camps de concentration hitlériens et aujourd'hui, ils sont persécutés et leur oeuvre est interdite dans tous les pays communistes. Des milliers d'entre eux sont morts en ce vingtième siècle pour leur foi, plutôt que de compromettre les enseignements de la Parole de Dieu, la Bible."
Nous rendons un hommage sincère à ces hommes qui acceptèrent de souffrir et de mourir, par fidélité à leurs principes.
Notons cependant que, s'adressant à un journal catholique, M. Heuse n'a pas jugé opportun de reproduire le texte suivant - on pourrait en citer beaucoup de semblables - que nous lisons dans un des ouvrages des Témoins de Jéhovah, ouvrages répandus, comme on sait, à des millions d'exemplaires :
"Le bras séculier de l'Eglise catholique romaine, le Führer nazi Hitler, commença à s'abattre avec fureur sur l'Europe, opération facilitée par la cinquième colonne catholique. L'année 1940 fut le quatre centième anniversaire de l'ordre des Jésuites. Il ne paraît pas douteux que l'Eglise catholique ait choisi cette date pour essayer de conquérir le monde grâce à la pieuvre nazie, à la cinquième colonne et à l'Action catholique." (Nations, réjouissez-vous, p. 53).
M. Heuse écrit enfin :
"Il est injuste d'accuser publiquement la Watch Tower Bible and Tract Society et les Témoins de Jéhovah d'être responsables de l'activité du mouvement kitawala au Congo belge, et nous protestons énergiquement contre la publication de pareille accusation dans un quotidien aussi important que la Libre Belgique".
Nous savions parfaitement - et nous l'avons écrit - que les dirigeants de la Watch Tower, après les violentes manifestations dont le Copper Belt notamment avait été le théâtre, s'étaient désolidarisés des meneurs kitawala, et qu'ils avaient renié toute responsabilité dans le développement que prenait leur mouvement chez les indigènes d'Afrique centrale.
Mais nous croyons avoir pourtant établi, de manière irréfutable, les liens de paternité qui unissent Watch Tower et Kitawala. On nous permettra d'y revenir en termes plus explicites encore.
Le mouvement Watch Tower, né en Amérique, en 1879, avait choisi comme terrain d'expérience les malheureuses populations noires fixées aux Etas-Unis. Ce fut un succès immédiat, et dès la fin du XIXe siècle, des cellules se créaient en Afrique même, en Rhodésie particulièrerment et au Nyassaland. De là, le mouvement pénétra, il y a une trentaine d'années, au Katanga. Un des apôtres actuels les plus turbulents du Kitawala a reconnu avoir été recruté et formé par un adepte rhodésien de la Watch Tower. Que les idées répandues par cette secte se soient "adaptées", en se répandant en Afrique et au Congo belge, que ces milieux primitifs, prédisposés à accueillir avec faveur toute forme de superstition, aient donné à ces idées une traduction très concrète, qui donc s'en étonnerait ? Et qui s'étonnerait qu'en aient résulté des explosions de xénophobie et des révoltes sanglantes comme celles que nous avons rappelées ?
Il est facile de se disculper après coup. Mais M. Heuse ne peut ignorer l'intérêt que les chefs de la Watch Tower ont continué de porter au mouvement kitawala, même après ces incidents tragiques. L'Annuaire 1945 de la Watch Tower nous en apporte un témoignage significatif !
"Au Congo, il faut être homme courageux pour être un homme de Dieu et du Royaume théocratique. Non seulement la propagande et la littérature sont absolument proscrites, mais les indigènes qui manifestent leur lien avec nous sont passibles de la relégation dans un autre district. (...) Parfois nous recevons des lettres du Congo, mais nos réponses ne semblent pas être remises à leurs destinataires. (...) Malgré les menaces de privations et de châtiments, tout le possible est fait pour aider nos adeptes fidèles au Royaume, dans ce pays "infesté de prêtres". (1945 Year Book of the Jehovah's Witnesses, London 1944). Quels sont ces "adeptes fidèles au Royaume" victimes de relégations ? Pas des adeptes de la Watch Tower puisque celle-ci n'a été interdite qu'en 1949. Il s'agit, bel et bien, des adeptes du Kitawala...

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L'explication de bien des faits embarrasserait assurément la Watch Tower Society.
Par exemple, il est indéniable que plus d'un indigène du Congo a été envoyé en Rhodésie pour suivre des cours dans les écoles de formation de la W.T.
Citons encore ces relégués qui, dans leur correspondance, se plaignent d'être oubliés "même par les frères de Lusaka" (Lusaka est redisons-le, la succursale de la Watch Tower en Rhodésie du Nord). Traduisons d'ailleurs un passage de l'Annuaire 1953 des Témoins de Jéhovah, où s'exprime, sans voile, la sympathie agissante de ceux-ci pour leurs frères Kitawala :
"Nous sommes comme un sac de grains africains, déclarait un de nos frères du Congo belge. Partout où nos pas nous mèneront, la Parole tombera une à une, jusqu'à l'heure où la pluie nous fera sortir de partout". Celui qui s'exprimait ainsi est un de ceux qui eurent tant à souffrir, quand il fut tombé aux mains des autorités belges. Et ces mots reflètent bien l'esprit des frères qui sont toujours de vivants témoins de Dieu Très Haut, derrière le rideau de fer qui encercle le Congo belge"
Comment nier l'intérêt que n'ont cessé de manifester depuis le début, pour le mouvement kitawala, les chefs et les organes responsables de la Watch Tower ?

***

Le but de l'oeuvre des Témoins de Jéhovah, nous dit encore M. Heuse, est d'améliorer la moralité du peuple, de favoriser le développement mental de celui-ci, et de lui donner une espérance. (...) La Bible enseigne clairement que la volonté de Dieu est que tous les habitants de la terre soient informés que son Royaume est établi dans les Cieux depuis 1914, sous l'administration de son Fils Jésus-Christ, que ce Royaume dispensera des bénédictions aux humains obéissants, etc..."
C'est exactement ce que nous avons signalé, en résumant ce qu'on appelle la "doctrine" de la Watch Tower. Mais les textes authentiques sur lesquels nous nous basions rendent un son moins idyllique.
Qu'on en juge plutôt :
-- "Les autorités judiciaires et législatives ne sont dominées que par l'influence diabolique des religionnistes. (...) L'autorité militaire n'existe que pour le maintien du règne de Satan. (...) Uniformes, drapeaux, fastes et discipline ne sont qu'idolâtrie satanique". (Le Prince de la Paix, 1946).
-- "Les Témoins de Jéhovah" ne peuvent s'ingérer dans la politique ou participer aux élections locales, nationales ou internationales. Ils en sont dispensés par la loi divine qui leur ordonne de se garder des souillures du monde". (Que Dieu soit reconnu pour vrai, 1948).
-- "Nous croyons la parole de Dieu selon laquelle la religion est le piège du diable, dans lequel beaucoup d'hommes sont tombés à leur insu". (Victoire, 1945).
-- "En refusant de s'incliner devant un drapeau, ils obéissent à la loi du Tout-Puissant. (...) Le drapeau est le symbole du pouvoir souverain d'une nation dont il porte les couleurs et les emblèmes. (...) Toutes ces images sont visées par les deux premiers commandements du décalogue. (Voir Exode 20 : 2 à 6)". (Que Dieu soit ...).
-- "La civilisation de toutes les nations de la chrétienté n'est empreinte que de coutumes et de doctrines païennes. A ne citer que l'immortalité de l'âme, le purgatoire et l'enfer et tous ses tourments, la trinité (...) et toute une série d'autres croyances plus révoltantes les unes que les autres". (La Joie pour tous).
L'O.N.U. n'est pas mieux traitée :
"La prophétie nous apprend que la Société des Nations appelée "la bête", réapparut, sortit du néant, mais cette fois avec, sur son dos, la "religion organisée", y compris la Hiérarchie catholique romaine". (Que Dieu soit ...)
-- "L'activité des Témoins de Jéhovah comme prédicateurs leur donne le droit de réclamer une dispense de l'instruction militaire et du service dans les forces armées dans les pays où ils sont domiciliés. Les mêmes motifs les libèrent également (par exemple aux Etats-Unis d'Amérique) de l'obligation de travailler pour le gouvernement comme cela est imposé aux objecteurs de conscience. (...) Ils revendiquent la neutralité et les droits des neutres, justement à cause de leur qualité d'ambassadeurs du Royaume du Tout-Puissant". (Que Dieu soit ...)
Terminons ici nos citations. On devine comment pareils textes peuvent "favoriser le développement mental du peuple", et quelles "espérances" ils lui apportent...

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Or, dans la lettre que nous adresse M. Heuse, président de la Watch Tower Society en Belgique, celui-ci nous révèle que "des négociations sont actuellement en cours entre les dirigeants de la W.T. et les autorités de la Colonie, en vue d'y faire entrer des représentants européens".
Nos lecteurs seront sans doute ahuris, comme nous le fûmes par cette révélation. D'autant plus que M. Heuse semble avoir bon espoir que "l'autorisation sollicitée" ne tardera pas à être accordée. Il laisse d'ailleurs entendre que son association rendrait grand service au gouvernement de la colonie, en l'aidant à réprimer les excès du Kitawala...
S'ils se croient vraiment capables de jouer ce rôle, comment donc les chefs de la Watch Tower n'ont-ils pas réussi à modérer les fougueux adeptes du Kitawala ?
"Les Témoins de Jéhovah, dit M. Heuse, ne s'opposent nullement aux gouvernements terrestres : ils ne soutiendront jamais un mouvement humain quelconque visant à renverser un gouvernement ou à provoquer des désordres dans quelque pays que ce soit".
Nous donnons volontiers acte à M. Heuse des bonnes intentions de son association : elles se retrouvent exprimées dans divers ouvrages de la Watch Tower. Mais puisqu'ils ont eux-mêmes introduit leurs idées en Afrique, et qu'ils ont été incapables de voir que ces idées contenaient en germe tous les mouvements séditieux qui ont éclaté, à diverses reprises, dans plusieurs régions du Congo, il serait inconcevable qu'on leur laisse désormais la bride sur le cou, et que, sous prétexte de liberté religieuse, on reconnaisse la liberté d'expression à ce que Madame Vandervelde appelait ingénument, au Sénat, l'autre jour, "une secte religieuse non conformiste".
Ce n'est pas la religion qui est en cause ici. Il y va, en réalité, de l'avenir de cette communauté belgo-congolaise que les meilleurs esprits, chez les noirs comme chez les blancs, appellent de tous leurs voeux. Il y va - et ceci est, au fond, bien plus important encore - de la promotion humaine et spirituelle de nos pupilles d'Afrique. Il serait criminel de diffuser chez eux les enfantillages, les idées simplistes, les théories illuministes qui forment le fonds de la "doctrine Watch Tower".
Concluons par un témoignage non-catholique : celui de la conférence des ministres protestants réunie à Léopoldville en 1934. Elle déclare :
"Nous répudions complètement tout lien avec un mouvement entièrement extrinsèque et dangereux parmi les indigènes, appelé Watch Tower Movement. Nous le trouvons subversif des meilleurs principes sur lesquels une Eglise stable, un gouvernement stable, une civilisation stable sont bâtis. (...) Nous considérons que le mouvement constitue un très réel danger et, en vérité, une menace pour la loi et l'ordre maintenus par les gouvernements établis en Afrique et, pour cela, nous nous déclarons prêts à coopérer avec d'autres dans tout effort pour contrecarrer ledit mouvement".





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