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A propos du Kitawala
Jehovah et ses "témoins" en Afrique

On reparle beaucoup depuis quelque temps, du Kitawala; la presse africaine s'inquiète de savoir s'il est vraiment question de revenir sur les mesures de rigueur prises contre lui.
En quelques années, ce mouvement a fait, en Afrique et notamment au Congo belge, des progrès extrêmement rapides, en extension et en profondeur. Caractérisé par une propagande et des activités xénophobes, que soutiennent certaines idées religieuses, il fait incontestablement peser une lourde hypothèque sur l'éclosion d'une "communauté belgo-congolaise" en nos territoires d'outre-mer.

Aux origines : la Watch Tower Society

Par ses origines, le mouvement Kitawala se rattache à la "Watch Tower Society" (la "Tour de Garde", connue aussi sous le nom de "Témoins de Jéhovah"). C'est, en effet, un adepte reconnu du Watch Tower en Afrique du Sud qui fit pénétrer cette "nouvelle religion" dans les camps de travailleurs de l'Union Minière, au Katanga, par l'intermédiaire d'un indigène de Rhodésie, et celui-ci y recruta, entre autres, l'un des plus ardents propagandistes actuels du mouvement au Congo belge.
On sait que la Watch Tower and Bible Society fut créée, en 1879, par un Américain, Russell, qui avait le génie de la publicité; après la mort de celui-ci, le mouvement fut propagé d'abord parmi les peuples de couleur, puis dans le monde entier, par Rutherford, autre Américain qui avait le sens des affaires. Les ouvrages où Rutherford expose sa doctrine, furent tirés à des millions d'exemplaires; brochures, tracts, journaux, discours et commentaires bibliques enregistrés sur disques, sont édités en une centaine de langues (dont une vingtaine pour l'Afrique seule), et répandus, chaque année, par centaines de millions d'exemplaires. Le quartier général du W.T. est à Boston, et il a des filiales dans toutes les capitales du monde (y compris Bruxelles). Avant la guerre, il disposait de près de 150 stations radiophoniques, diffusant, plusieurs fois par semaine, des émissions de propagande.

Doctrine du "Watch Tower"

Fidèle à l'idée de Rutherford, le mouvement W.T. se défend d'être une religion; il annonce la libération prochaine à tous les malcontents (ils sont légion sous toutes les latitudes), et les invite à hâter l'heure du grand bouleversement qui leur apportera, avec la délivrance de tous leurs maux, la puissance et le bonheur.
Les idées de Rutherford répandues par le W.T. peuvent se résumer en quelques mots : Satan dirige le monde actuel, depuis qu'il a trompé la confiance de Jéhovah. Il a organisé son empire sur la terre par l'intermédiaire des puissances politiques, financières et religieuses. Mais l'aurore de la libération s'est levée, pour l'humanité asservie, depuis l'année 1874 qui vit naître les premières organisations ouvrières mondiales. La lutte finale a commencé en 1918, le temps des tribulations est proche, mais aussi celui de la victoire et de la libération totale.

Le "Kitawala"

Et que dit la "doctrine" Kitawala (1), telle qu'elle se répand au Congo belge depuis une trentaine d'années ? Le diable dirige tout, sur la terre, par ses trois espèces d'envoyés qui sont : tous les hommes de Bula Matari (chef blanc), les hommes de toutes les religions et tous les hommes qui ont beaucoup d'argent. Mais Dieu va venir et, aidé des Kitawalistes, il chassera le diable et ses envoyés. Ce sera le grand bouleversement. Les gens du Kitawala doivent le préparer en n'obéissant plus aux règlements qui viennent tous du diable. Toutes les religions de la terre sont des mensonges : les Pères sont menteurs et les Protestants aussi; c'est dans la Bible qu'il y a la vérité.

Les débuts du Kitawala au Congo belge

Basée, comme celle du W.T., sur la libre interprétation de l'Ecriture (et particulièrement de l'Apocalypse), pareille "doctrine" devait, dans les milieux primitifs d'Afrique, se transposer en formules très concrètes : toutes les races se valent et les Européens n'ont pas plus de droits que les indigènes; toutes les religions importées par les Blancs sont menteuses et il faut les détruire; les Noirs doivent être les seuls maîtres en Afrique.
Les propagandistes fougueux trouvèrent aisément, on le devine, des adhérents en grand nombre, qui passèrent bientôt à l'action. Des deux côtés de la frontière Rhodésie-Katanga, on retrouva, entre 1923 et 1925, près de 200 cadavres d'indigènes massacrés par des fanatiques qui avaient prétendu voir en eux des adeptes de Satan.
Effrayés des conséquences pratiques que les indigènes d'Afrique avaient tirées de leur "doctrine" et des violences auxquelles ils se livraient, les chefs du W.T. renièrent toute responsabilité dans les développements que prenait leur mouvement en cette région. Il n'était pourtant pas difficile de prévoir que pareilles idées, livrées à l'exubérante imagination des Noirs, y feraient germer des résolutions radicales et déclencheraient des activités violentes, en même temps que surgiraient des variantes doctrinales plus ou moins accentuées, selon les circonstances de temps, la diversité des lieux, le nombre des prédicateurs et la qualité plus ou moins rudimentaire de leur initiation biblique.
Les mesures bientôt prises par les autorités (expulsion des propagandistes rhodésiens, relégation des meneurs indigènes), si elles décapitaient le mouvement de ses principaux chefs, provoquaient la promotion de meneurs subalternes et, par ceux-ci, de nouvelles déformations et adaptations, en fait toujours plus dangereuses, de la "doctrine" primitive.

Le Kitawala "actuel"

Comment se présente, actuellement, la "doctrine" kitawaliste ? Est-elle toujours basée sur la Bible, singulièrement rajeunie par des transpositions typiquement africaines et, par ailleurs, chargée d'une puissance explosive redoutable, par des adaptations d'une extrême habileté. Pour en avoir une idée, il faut connaître le récit - tel qu'il se colporte aujourd'hui presque sans changement dans toutes les cellules kitawalistes du Congo - de la création de l'homme. Nous allons le résumer aussi brièvement que possible.
Dieu ("Mungu") s'est créé quatre enfants : trois garçons (Zendekisa, Hebrahimu, Ndembo Kanizari) et une fille (Loysia Mbafu) ; leur peau n'ayant pas de couleur. Dieu leur présente un arc-en-ciel où ils pourront choisir, à commencer par son troisième fils; Kanizari (qui a réussi à capter ses faveurs) et sa fille, Loysia (qu'il lui a donnée pour femme). Ceux-ci, à force de mélanger les couleurs, ont réussi à se donner le teint qu'ont aujourd'hui les Blancs; ils reçoivent, en outre, un fusil et, comme lieu de résidence, l'Europe. Le second fils, Hebrahimu, obtient un teint brun-clair, un fusil à piston et la région de Zanzibar. Enfin, pour Zendekisa, l'aîné, il ne reste que du noir, un arc et des flèches, et le Congo.
Pris de pitié pour son aîné, Dieu lui donne une femme de même couleur. Ils auront de nombreux enfants, dont le quatrième reçoit le nom de "Amérique". Ce dernier, de tous leurs enfants le plus adroit, inventera les étoffes, les machines, les phonos, etc..., mais provoquera, du coup, la jalousie du Blanc Kanizari, qui l'enlève et en fait son esclave. Les enfants de Zendekisa, à leur mort, vont chez Dieu, qui leur donne une peau blanche et les envoie chez Kanizari.
Jaloux à son tour, Hebrahimu, le second fils de Dieu, fait périr, par le poison, de nombreux enfants de Zendekisa ou les réduit à vivre, comme des bêtes sauvages, malheureux, sans plus rien savoir, dans la forêt.
Dieu a pitié, une fois encore, de son fils aîné et, pour rendre à ses enfants la connaissance de leur origine divine, leur envoie Lute Martin, puis "mon Père Ignace", qui ne leur enseignent que des mensonges. Il leur envoie Papa wa Roma, avec la Bible, mais Kanizari le détourne de sa mission et lui prend sa Bible. Il leur envoie Jésus mais les enfants de Kanizari le tuent. Jésus a cependant eu le temps d'enseigner la vraie doctrine "Kitawala", et un de ses disciples, Simon Kibangu, vient la faire connaître au Congo. Les enfants de Kanizari ont tué ou relégué les adeptes de Simon, mais ils ne peuvent plus empêcher la vraie religion d'être enseignée aux Noirs.





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