Ce qu'en dit la Watch Tower
Tour de Garde 1er juillet 1982 - pages 9 et 10 :
Ils font briller la lumière au cœur de l’Afrique
Premières difficultés
C’est à la fin des années quarante que les publications des Témoins de Jéhovah commencèrent à circuler dans le pays, mais il n’y avait pas de véritables Témoins pour aider ceux qui les possédaient à s’en servir. Des groupes originaires du pays se disaient membres de la “Watchtower”, mais ils falsifiaient l’enseignement biblique et y mêlaient leurs coutumes superstitieuses. D’autre part, ils menaient une vie immorale, refusaient souvent de payer l’impôt et s’opposaient d’autres manières encore au gouvernement. Il n’est pas surprenant que les autorités aient interdit ces mouvements de “Kitawala”, comme on les appelait. Mais on confondit les Témoins de Jéhovah avec les partisans des faux “mouvements de la Watchtower” et on refusa de laisser entrer les vrais missionnaires Témoins de Jéhovah qui auraient pu aider à clarifier la situation.
Il y avait néanmoins un petit groupe de chrétiens qui, bien qu’étant frappé d’interdiction, faisait connaître assidûment les enseignements de la Bible. La conduite droite et honnête de ces chrétiens les différenciait complètement des fauteurs de troubles du Kitawala.
Avec l’approche de l’indépendance en 1960, il devint un peu plus facile pour eux de faire connaître la vérité. Il leur fallait toutefois un bon discernement et une foi solide pour rester neutres à l’égard des questions politiques. L’indépendance amena une plus grande tolérance, et à la fin de 1960, le nombre de ceux qui faisaient briller la lumière du Royaume s’élevait à presque un millier.
Progrès grâce à une meilleure organisation.
Finalement, en 1961, les premiers missionnaires Témoins de Jéhovah purent entrer dans le pays. Une filiale fut ouverte dans la capitale, aujourd’hui Kinshasa; il en résulta une meilleure direction de l’œuvre. Les choses évoluèrent rapidement, mais il y avait encore de nombreux problèmes à surmonter, tels que la barrière des langues, la polygamie, le tribalisme, la superstition et le spiritisme. L’insuffisance des moyens de communication rendait difficile le contact avec les groupes de personnes bien disposées. Les surveillants itinérants devaient distinguer qui était réellement désireux de suivre les enseignements de la Bible et qui était membre du faux mouvement Kitawala. Ce n’était pas une tâche aisée.
Tour de Garde 1er avril 2003 - page 29 :
Ma contribution aux progrès de l’enseignement divin dans le monde
Débuts de l’opposition
Être prudent avec les animaux sauvages était une chose, mais affronter l’opposition ouverte à la prédication du Royaume orchestrée par certains personnages officiels et par certains chefs religieux en colère en était une autre. Nous avons notamment eu affaire à un fanatique qui se faisait appeler Mwana Lesa, c’est-à-dire “ Fils de Dieu ”, et dont le groupe avait pour nom Kitawala, qui signifie malheureusement “ Tour de garde ”. Quelque temps avant notre arrivée, cet homme avait noyé un grand nombre d’Africains sous prétexte de les baptiser. Il avait fini par être arrêté et avait été pendu. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’expliquer à son bourreau que cet homme n’avait rien à voir avec notre Société Tour de Garde.
Les Témoins de Jéhovah – Prédicateurs du Royaume de Dieu
chap. 22 p. 482-483 - Partie 4
Témoins jusque dans la partie la plus lointaine de la terre
À la même époque, au Congo belge (aujourd’hui le Zaïre), il existait une autre confusion d’identités. Il s’y trouvait un mouvement politico-religieux appelé Kitawala, qui se servait aussi parfois du nom Watch Tower. Certains de ses membres avaient chez eux des publications éditées par les Témoins de Jéhovah, publications qu’ils avaient reçues par la poste. Mais les croyances et les pratiques du Kitawala (entre autres, actes racistes, subversion de l’autorité en vue de provoquer un changement politique ou social, et immoralité sexuelle choquante au nom du culte) ne correspondaient en rien à celles des Témoins de Jéhovah. Pourtant, certains rapports écrits cherchaient à établir un lien entre le Kitawala et la Société Watch Tower utilisée par les Témoins de Jéhovah.
Les Témoins de Jéhovah ont tenté à plusieurs reprises de faire entrer des surveillants compétents dans le pays, mais à chaque fois ils se sont heurtés à un refus des autorités belges. Les groupements catholiques et protestants s’en réjouissaient. À partir de 1949 particulièrement, de cruelles mesures répressives ont été prises à l’encontre des personnes qui s’efforçaient d’étudier la Bible à l’aide des publications de la Société Watch Tower au Congo belge. Cependant, un des fidèles Témoins habitant ce pays a fait cette déclaration judicieuse: “Nous sommes comme un sac de maïs africain. Où qu’ils nous emmènent, la Parole tombera, grain à grain, jusqu’au jour où la pluie arrivera, et ils nous verront pousser partout.” Et c’est ainsi que de 1949 à 1960, malgré les difficultés, le nombre des Témoins de Jéhovah qui remettaient un rapport d’activité est passé de 48 à 1 528.
Petit à petit, les autorités se sont rendu compte que les Témoins de Jéhovah n’avaient rien à voir avec le Kitawala. Quand les Témoins ont obtenu dans une certaine mesure la liberté de se réunir, des fonctionnaires gouvernementaux ont souvent fait remarquer leur bonne conduite et leur respect de l’ordre. Lorsque des manifestations violentes ont éclaté pour réclamer l’indépendance, il était de notoriété publique que les Témoins de Jéhovah n’y étaient pas mêlés. En 1961, Ernest Heuse fils, un surveillant chrétien expérimenté originaire de Belgique, a finalement pu entrer dans le pays. Des efforts diligents ont permis d’aider progressivement les Témoins à conformer davantage le fonctionnement des congrégations et leur vie personnelle à la Parole de Dieu. Ils avaient beaucoup à apprendre, et il a fallu faire preuve d’une grande patience.
Dans le but d’asseoir sa position, le Kitawala a envoyé de certaines régions de longues listes de membres qui voulaient être reconnus comme Témoins de Jéhovah. Avec sagesse, frère Heuse a demandé à des Témoins expérimentés de se rendre dans ces régions pour déterminer de quel genre de personnes il s’agissait. Ces frères n’ont pas accepté de s’occuper de groupes importants, mais ont dirigé des études bibliques individuelles.
Avec le temps, l’identité des authentiques “brebis”, c’est-à-dire des personnes qui considéraient Jésus Christ comme leur Berger, est devenue manifeste. Et il y en avait beaucoup. À leur tour, elles en ont enseigné d’autres. Au fil des ans, la Société Watch Tower a envoyé de l’étranger des dizaines de missionnaires pour qu’ils collaborent avec ces personnes, les aident à acquérir une connaissance plus exacte de la Parole de Dieu et leur donnent la formation voulue. En 1975, il y avait au Zaïre 17 477 Témoins de Jéhovah, organisés en 526 congrégations, qui prêchaient et enseignaient avec zèle la Parole de Dieu à leurs semblables.
Annuaire 1976 - page 178 et suivantes :
Afrique du Sud et territoires avoisinants (2e partie)
La confusion n'entrave pas la progression
Le Congo belge (République du Congo Kinshasa, aujourd’hui le Zaïre) est un vaste pays d’une superficie de 2 345 400 km2 (près de cinq fois celle de la France). Sa population est évaluée à plus de 23 millions d’habitants. Il se situe au nord de la Zambie et de l’Angola, et se caractérise par la grande dépression où convergent les affluents du Congo. Au sud-est, à la frontière de la Zambie, se trouvent des mines de cuivre très riches qui jouent un rôle prépondérant dans l’économie du pays. Le climat est généralement chaud et humide et une grande partie du territoire est couverte par la jungle. En 1885, la Belgique a pris le Congo sous sa tutelle ; le français est devenu la langue officielle, et la religion catholique le culte dominant.
Il a fallu attendre les années 1940 pour que l’œuvre de prédication soit organisée au Congo. Par contre, le faux “mouvement de la Tour de Garde” (Watchtower) ou Kitawala connaissait l’accroissement. Le livre Kitawala (en allemand) de Greschat, dit ce qui suit à la page 71 : “Des villages entiers se font appeler Tour de Garde, ce qui signifie que tous les habitants ont été baptisés par immersion, qu’ils ont vaguement accepté certaines notions relatives à la fin du monde et pensent que Dieu les récompensera sur la terre à condition qu’ils aient un mode de vie approprié.”
Au Congo comme ailleurs, le terme “Kitawala” servait souvent à désigner les indigènes appartenant au “mouvement de la Tour de Garde”. Le mot Kitawala est, semble-t-il, une forme corrompue du terme “tower” (tour) précédé du préfixe “ki”. Certains utilisaient l’expression “Waticitawala”, une forme corrompue de “Watchtower”. Inutile de dire que les gens mal informés associaient les deux noms “Watch Tower Society” et “Watchtower” (le mouvement) ou Kitawala. Avec quelle joie les ennemis de la vérité se sont servis de cette similitude entre les deux noms pour nous desservir auprès des autorités et créer des ennuis aux véritables serviteurs de Jéhovah !
Les soulèvements, les rébellions, les luttes entre tribus, bref tous les incidents de ce genre entre indigènes étaient adroitement imputés au mouvement de la “Tour de Garde”. Les autorités gouvernementales en étaient venues à exécrer ce nom. On imagine sans mal l’opprobre qui a ainsi rejailli sur le nom de Jéhovah et sur sa véritable organisation dans ce pays.
Comme nous l’avons déjà dit, cette confusion a pour origine l’activité déployée au Nyassaland au début du vingtième siècle par Joseph Booth et par ses disciples. M. Booth et ses disciples, dont Elliott Kamwana, ont fait un mauvais usage des premiers écrits de la Watch Tower Bible and Tract Society, d’où la formation en Afrique centrale du faux “mouvement de la Tour de Garde”. Du Nyassaland, cette doctrine s’est vraisemblablement propagée au sud et à l’est, en Rhodésie et au Congo.
Durant les années qui ont suivi, la Société a écrit plusieurs fois aux autorités du Congo pour exposer les faits, mais pour une raison ou pour une autre, elles ont préféré continuer à assimiler ce mouvement religieux indigène, qui se faisait appeler à tort la “Tour de Garde”, à la Watch Tower Bible and Tract Society et à l’œuvre des témoins de Jéhovah. Les pressions exercées par l’Église catholique n’étaient pas étrangères à cette attitude.
À maintes reprises la Société a tenté, mais en vain, d’obtenir que certains de ses représentants expérimentés aient la permission d’entrer dans le pays. L’organisation de Jéhovah avait besoin d’être dirigée et aidée, mais pendant des années les autorités ont fait la sourde oreille, ne voulant pas faire la différence entre les véritables serviteurs de Jéhovah et les mouvements indigènes de la “Tour de Garde”.
Au début de 1948, Llewelyn Phillips, le serviteur du dépôt en Rhodésie du Nord, a été envoyé au Congo belge pour plaider la cause des témoins persécutés et demander que soit levée l’interdiction qui frappait l’œuvre. Il a eu des entretiens en privé avec le gouverneur général et d’autres membres du gouvernement, et a pu expliquer notre œuvre et montrer à quel point nos croyances et nos enseignements diffèrent de ceux du faux “mouvement de la Tour de Garde” ou Kitawala. Des documents officiels ont été déposés en haut lieu les 15 mars et 7 avril 1948, afin que l’affaire figure dans les archives. Au cours de l’entretien avec le gouverneur, celui-ci demanda d’un air embarrassé : “Si je vous aide, que m’arrivera-t-il ?” Excellente question, en vérité, car le Congo était presque entièrement sous la coupe de l’Église catholique romaine !
Quelle joie lorsque l’œuvre des témoins de Jéhovah a finalement été reconnue ! Le bureau de la filiale a commencé à fonctionner sous le nom officiel de “Témoins de Jéhovah” au lieu de “Watch Tower Society”, de manière à éviter toute confusion. Désormais, la différence entre les vrais témoins et ceux qui fréquentaient les faux “mouvements de la Tour de Garde” serait vite établie. À partir de ce moment-là, le nombre de ceux qui ont embrassé le culte pur de Jéhovah Dieu s’est accru considérablement.
Annuaire 1992 - page 113 et suivantes :
Kenya et pays voisins
Les malentendus se dissipent
Peu avant l’interdiction, William Nisbet était venu du Kenya et avait tenté pendant huit longues semaines de rencontrer les hauts fonctionnaires de Dar es-Salaam, dans l’espoir d’obtenir l’enregistrement légal des Témoins de Jéhovah. Il eut une entrevue avec le secrétaire du ministre de l’Intérieur. Il apparut que de nombreux membres du gouvernement associaient les Témoins de Jéhovah aux religions extrémistes illégales de Zambie et du Malawi, manifestement en raison de la campagne de désinformation menée par les missions de la chrétienté.
Une peur injustifiée des Témoins de Jéhovah s’était emparée des fonctionnaires. Ils confondaient les Témoins de Jéhovah avec les groupements d’indigènes appelés “Watchtower” ou Kitawala, qui n’avaient aucun rapport avec les Témoins. Ces sectes pratiquaient l’adultère et la sorcellerie et manifestaient généralement une attitude rebelle contre les gouvernements en place. Ils employaient abusivement le nom divin et certaines de nos publications. Ces groupuscules étaient certes à craindre, mais pas les vrais Témoins de Jéhovah épris de paix. Les démarches de frère Nisbet et la documentation préparée par la Watch Tower Bible and Tract Society dissipèrent les malentendus dans l’esprit de certains responsables du gouvernement.
Avant de quitter Dar es-Salaam, frère Nisbet déposa une demande d’enregistrement légal de l’Association internationale des Étudiants de la Bible. Il eut, six mois après l’interdiction officielle, la surprise de recevoir un télégramme de ses frères de Dar es-Salaam annonçant que l’Association internationale des Étudiants de la Bible était enregistrée légalement au registre du commerce en date du 6 janvier 1966. Les Témoins de Jéhovah et la Société Watch Tower restaient néanmoins interdits. Le 24 novembre 1966, un communiqué du gouvernement stipulait que l’Association internationale des Étudiants de la Bible était dissoute en tant que société commerciale, parce que ses congrégations n’avaient pas réussi à obtenir leur enregistrement au titre d’associations.
Les frères venus de Zambie et du Malawi pour soutenir leurs frères de Tanzanie durent quitter le pays. Leur départ fut ressenti cruellement, mais le culte pur n’était en aucun cas anéanti en Tanzanie. En 1966, 1 720 personnes assistèrent au Mémorial, la commémoration de la mort de Christ, et 836 prenaient part à la prédication.
Burundi :
Dix ans d’accroissement n’avaient pas eu raison du problème tenace que constituait l’absence de direction théocratique convenable. Les frères étaient en majorité fermes et résolus, mais d’un autre côté ils apparaissaient jeunes sur le plan spirituel, n’ayant pas une connaissance profonde et manquant de discernement. Certains se laissèrent influencer par la Kitawala, le faux “mouvement Watchtower” qui s’était développé dans les régions voisines. Ces difficultés n’étaient pas vraiment surprenantes, car les frères n’avaient jamais eu la visite d’un surveillant de zone, jamais vu les films de la Société; ils n’avaient jamais assisté aux cours spéciaux pour les surveillants des congrégations, ni à des assemblées et ne disposaient pas de publications dans leur langue. La direction de l’œuvre fut donc confiée en 1976 à la filiale du Zaïre. Des frères parlant français et swahili pourraient ainsi apporter leur aide au Témoins du Burundi.
Annuaire 2004 - page 164 et suivantes :
République démocratique du Congo (Kinshasa)
‘Nous sommes comme des grains de maïs dans un sac. Où que nous tombions, la pluie finit par arriver, et nous devenons nombreux.’ Ces paroles ont été prononcées il y a plus de 50 ans par un Témoin de Jéhovah fidèle qui a beaucoup souffert à cause des autorités de l’ex-Congo belge. Dans les pages suivantes, vous découvrirez comment la bénédiction de Jéhovah, telle une pluie rafraîchissante, s’est traduite par un accroissement étonnant du nombre de proclamateurs du Royaume dans l’ensemble du Congo.
Ce pays, aujourd’hui la République démocratique du Congo, ou Congo-Kinshasa, se trouve au cœur de l’Afrique. Situé de part et d’autre de l’équateur, il est couvert d’innombrables forêts luxuriantes. Ses forêts immenses et ses vastes savanes abritent une faune et une flore extrêmement variées. En raison de ses ressources naturelles abondantes, le monde entier s’intéresse depuis longtemps à ce pays, qui a subi bien des invasions et des guerres civiles !
En 1885, Léopold II, roi des Belges, a fondé l’État indépendant du Congo, dont il est devenu le souverain et le seul propriétaire. Toutefois, les Congolais étaient loin d’être indépendants. En recourant au travail forcé et en faisant preuve d’une brutalité extrême, les hommes de Léopold ont dépouillé le pays de son ivoire et de son caoutchouc. Face à la protestation de plus en plus énergique des pays européens voisins, Léopold a fini par s’incliner. En 1908, L’État indépendant du Congo a été aboli, pour devenir ainsi le Congo belge, une colonie placée sous le contrôle du Parlement belge. Le Congo a obtenu son indépendance en 1960.
Les habitants du Congo sont très croyants. Églises, séminaires et écoles de théologie ne manquent pas. Il n’est pas rare de rencontrer des personnes capables de citer de mémoire de nombreux versets bibliques. Cependant, comme ailleurs, il n’a pas été facile d’établir le véritable christianisme, d’autant plus que, à une certaine époque, les gens confondaient les Témoins de Jéhovah avec un mouvement religieux connu sous le nom de Kitawala.
Confusion d’identité
“Kitawala” vient d’un terme swahili qui signifie “dominer, diriger, ou gouverner”. Ainsi, l’objectif de ce mouvement était essentiellement politique : il s’agissait d’obtenir l’indépendance du pays. Certains pensaient que ce but serait d’autant mieux atteint sous le couvert de la religion. Malheureusement, les adeptes du mouvement Kitawala possédaient les publications des Témoins de Jéhovah. Ils les étudiaient et les faisaient circuler. Un panonceau sur lequel était écrit “ Watch Tower ” indiquait l’emplacement de leurs lieux de réunion. Bien avant que les Témoins de Jéhovah ne soient reconnus, ces “ mouvements Watch Tower ” ont pris de l’ampleur dans la province de Katanga, dans le sud-est du Congo. Pendant des dizaines d’années, les gens ont cru que les adeptes du Kitawala étaient Témoins de Jéhovah.
Évidemment, ce n’était pas le cas.
Les partisans du Kitawala déformaient les enseignements de la Bible pour appuyer leurs opinions politiques et justifier leurs coutumes superstitieuses ainsi que leur mode de vie immoral. Ils refusaient de payer l’impôt et s’opposaient aux dirigeants coloniaux. Certains d’entre eux se sont même engagés dans une révolte armée contre les autorités. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement belge les ait déclarés hors-la-loi.
En 1956, un commissaire de district du Congo belge a rédigé un article de presse révélant l’origine du Kitawala. Cet article parlait de Tomo Nyirenda, originaire du Nyassaland (aujourd’hui le Malawi) et qui vivait en Rhodésie du Nord (aujourd’hui la Zambie).
Manifestement, Nyirenda tenait son instruction religieuse d’une personne qui avait fréquenté les Étudiants de la Bible (connus aujourd’hui sous le nom de Témoins de Jéhovah) au Cap, en Afrique du Sud. Voici ce qu’on pouvait lire dans cet article : “ Nyirenda [...] pénètre, en 1925, au Katanga [Congo]. [...] Se proclamant Mwana Lesa, ‘ fils de Dieu ’, il exploite la terreur ancestrale que les envoûtements inspirent aux indigènes et promet à ceux qui le suivront la libération des sorciers et, conjointement, les moyens de se soustraire à l’impôt et aux ordres de toute autorité établie, gouvernement et Église. Ceux qui n’acceptent pas sa loi sont réputés sorciers et assommés et noyés au cours d’un baptême forcé. (D’une seule rivière, on retirera 55 cadavres.) Dénoncé par un sous-chef de village, Tomo parvint à s’enfuir et à regagner la Rhodésie. Recherché par les autorités de ce pays pour des meurtres qu’il a commis, il est arrêté, jugé et pendu. ”
D’après les autorités belges, le Kitawala a vu le jour au Congo après plusieurs incursions au Katanga, de 1923 à 1925, d’un certain Mwana Lesa. Plusieurs dizaines d’années s’écouleront avant que les Témoins de Jéhovah ne soient autorisés à entrer dans le pays et à y résider.
Pour bien comprendre pourquoi on confondait les Témoins de Jéhovah avec les adeptes du Kitawala, il faut savoir que les Églises indépendantes sont courantes en Afrique. Selon certaines estimations, il y en aurait des milliers. John Mbiti, spécialiste des religions africaines, a écrit : “ [Un des] problèmes majeurs que rencontre le christianisme en Afrique, c’est la présence d’un grand nombre de religions, de confessions, de groupes religieux et de sectes. Bon nombre d’entre eux ont été importés. Beaucoup d’autres ont été fondés par des chrétiens africains, en partie parce qu’ils n’avaient pas l’intention de rester indéfiniment sous le pouvoir de missionnaires étrangers, mais aussi parce qu’ils avaient soif de pouvoir ou voulaient que le christianisme reflète la culture et les difficultés propres à l’Afrique, et pour d’autres raisons encore. ”
La plupart de ces Églises indépendantes s’étaient soit inspirées, soit séparées d’une religion établie. Sous ce rapport, le mouvement Kitawala n’était pas unique. Cependant, la chrétienté a profité de la présence des adeptes du Kitawala pour s’opposer à l’entrée des Témoins de Jéhovah au Congo. Les chefs religieux faisaient très bien la distinction entre les partisans du Kitawala et les Témoins, mais cela ne les a pas empêchés de faire croire délibérément aux gens que le Kitawala et les Témoins de Jéhovah ne faisaient qu’un.
Les Églises étaient bien placées pour répandre ce mensonge. Au début du XXe siècle, les religions de la chrétienté, l’Église catholique en particulier, exerçaient une grande influence au Congo belge. En revanche, les Témoins de Jéhovah n’étaient pas reconnus dans le pays, et le clergé de la chrétienté tenait à ce que les choses restent ainsi. Il préservait jalousement ses convertis et refusait toute intrusion des Témoins de Jéhovah.
Les adeptes du Kitawala (que l’on appelait souvent le mouvement Watch Tower) ont été accusés à juste titre de susciter des soulèvements, des rébellions ainsi que des conflits tribaux parmi les autochtones. Les fonctionnaires et les autorités ont fini par avoir en horreur ce nom de Watch Tower, ce qui causait de grandes difficultés à ceux qui désiraient servir Jéhovah au Congo.
Durant les décennies qui ont précédé l’indépendance du Congo, les Témoins de Jéhovah d’autres pays n’ont cessé d’envoyer des lettres aux autorités congolaises et de leur expliquer que la Watch Tower Bible and Tract Society n’avait aucun rapport avec le mouvement Watch Tower. Pendant des années, les fonctionnaires ont néanmoins continué d’associer les activités de ce mouvement religieux indigène à l’œuvre des serviteurs de Jéhovah. Les efforts répétés pour envoyer des Témoins de Jéhovah au Congo n’aboutissaient pas.
Étant donné que les Témoins n’étaient pas autorisés à entrer au Congo, on sait peu de choses sur les Témoins authentiques qui vivaient dans ce pays. Cependant, des rapports en provenance de filiales voisines nous donnent un aperçu fascinant de ce qui s’est passé au Congo durant ces débuts difficiles. Examinons à présent quelques extraits de ces rapports retraçant 30 ans de l’histoire du Congo, auxquels nous ajouterons quelques commentaires.
Histoire du Congo : extraits de rapports (1930-1960)
1930 : Des demandes de publications parviennent du [...] Congo belge.
1932 : Nous espérons que dans un avenir proche il sera possible de prêcher au Congo belge, ainsi que dans d’autres régions d’Afrique centrale, qui n’ont pas encore reçu le témoignage.
Depuis mai 1932, la filiale des Témoins de Jéhovah d’Afrique du Sud a demandé à maintes reprises aux autorités belges de laisser entrer des évangélisateurs à plein temps au Congo. En vain. Cependant, du fait des mouvements de populations entre le Congo et la Rhodésie du Nord, certains frères rhodésiens ont pu entrer au Congo, en général pour de courtes périodes.
1945 : Au [Congo belge], il faut être courageux pour prendre position pour Dieu et pour son Royaume. Non seulement l’œuvre et les publications sont totalement interdites, mais encore les Congolais qui reconnaissent nous fréquenter risquent d’être déportés dans un autre district et condamnés à une forme de captivité, parfois pendant plusieurs années. Les lettres qui nous sont envoyées du Congo arrivent rarement jusqu’ici [en Rhodésie du Nord], et il semble que le courrier renvoyé ne soit pas distribué. Néanmoins, [...] nous faisons tout notre possible pour aider nos compagnons qui œuvrent pour le Royaume dans ce pays où les prêtres sont si nombreux.
1948 : Deux proclamateurs du Royaume qui vivent actuellement dans ce pays ont envoyé quelques rapports au bureau de Bruxelles. Nous espérons qu’un jour l’évangile du Royaume pourra être prêché dans ce vaste territoire.
1949 : Depuis des années, l’œuvre de témoignage se poursuit très difficilement dans ce pays dominé par les catholiques. Jadis, en guise de punition, les prêtres allaient jusqu’à faire manger un bloc de sel, sans eau, à ceux qui étaient Témoins de Jéhovah. Maintenant, leurs méthodes ressemblent davantage à celles de l’Inquisition espagnole. Ils désirent que le gouvernement fasse à leur place ce travail inique et oppressif. Cela fait des années que des proclamateurs africains sont en prison, purgeant des peines d’une durée indéterminée à cause de leur œuvre de témoignage. Pire encore, ils sont envoyés dans un camp de concentration spécial à Kasaji, à environ [500] kilomètres d’Élisabethville [aujourd’hui Lubumbashi]. Ils doivent travailler sur de petits lopins de terre et rester isolés, avec ou sans leur famille, [...] parfois pendant dix ans. Bien souvent ils doivent endurer cette solitude de longues années durant, sans le moindre espoir de justice ou de libération, sauf au terrible prix de l’abandon de leur intégrité.
L’œuvre a donc dû se poursuivre dans la clandestinité. Les réunions sont tenues secrètement et on doit souvent changer de lieu, de peur d’être arrêté. On donne principalement le témoignage aux amis, et ensuite on l’étend aux connaissances de ceux-ci, mais en dépit de telles précautions, beaucoup de Témoins, les uns après les autres, s’attirent des ennuis. Ils sont arrêtés et conduits rapidement au camp de Kasaji.
À cette époque, Llewelyn Phillips, de la filiale de Rhodésie du Nord, est allé au Congo belge pour plaider la cause des Témoins persécutés dans ce pays. Il a expliqué au gouverneur général, ainsi qu’à d’autres membres du gouvernement, en quoi consistait l’œuvre de prédication du Royaume et a montré la différence entre nos croyances et celles des adeptes du Kitawala. À un moment donné, le gouverneur général lui a demandé d’un air songeur : “ Si je vous aide, que m’arrivera-t-il ? ” Il savait que l’Église catholique exerçait une grande influence dans le pays.
1950 : L’année qui vient de s’écouler a été la plus difficile de toutes ; particulièrement pour les frères et sœurs du Congo belge. Au début de l’année de service, toutes les publications et les lettres envoyées dans le pays n’étaient pas arrivées à destination, et nos moyens de communication étaient pour ainsi dire supprimés. Ensuite, le 12 janvier, le gouverneur général a interdit la Société et a imposé une peine de deux mois de prison et une amende de 2 000 francs à tous ceux qui se réunissaient avec la Société, la soutenaient ou en étaient membres. Cette décision a été accueillie avec joie par la presse catholique. Les arrestations se sont multipliées. Des listes confisquées il y a un an chez un ancien serviteur de [congrégation] à Élisabethville ont été employées pour rechercher des centaines d’hommes affiliés à la Société ; ils ont été arrêtés avec leurs femmes. Après être sortis de prison, les Témoins venus de la Rhodésie du Nord ont été expulsés, mais les citoyens du Congo ont été, dans beaucoup de cas, envoyés dans le camp de concentration de Kasaji ; beaucoup d’entre eux s’y trouvent encore. Certains parmi les frères et sœurs déportés ont reçu très peu de nourriture et ont été forcés de faire à pied les 30 derniers kilomètres séparant Sakania de la frontière rhodésienne.
La police secrète a été renforcée dernièrement et le fait de posséder une bible suffit pour être soupçonné d’être Témoin de Jéhovah.
On vient de nous informer que deux sœurs européennes du district d’Élisabethville ont été condamnées à 45 jours de prison, avec un sursis de trois ans à condition de se comporter correctement (ce qui signifie naturellement ne plus servir le Seigneur), pour avoir été trouvées en possession de La Tour de Garde et avoir rendu témoignage. Chaque jour, elles s’attendent à être expulsées du pays.
1951 : Les journaux et les périodiques belges ont publié de nombreux articles accusant les Témoins de Jéhovah et la Watch Tower Society d’être associés à un mouvement fanatique du Congo belge appelé le "Kitawala”. En Belgique, la loi exige que la réponse à un article publié par un journal ou par un périodique soit à son tour publiée par ce journal ou ce périodique. Nous avons fait usage de ce droit pour défendre l’œuvre du Royaume contre ces articles diffamatoires, et nos réponses ont été publiées.
Depuis [le 12] janvier 1949, l’œuvre de la Watch Tower Society est interdite au Congo belge et les fidèles Témoins de Jéhovah ont souffert à cause de ces rapports mensongers. Des protestations écrites ont été présentées au ministre des colonies et de nombreuses preuves ont établi que les Témoins de Jéhovah et la Watch Tower Society n’ont aucune relation avec le mouvement subversif “Kitawala”, mais ces protestations sont restées sans réponse.
Les armes que sont la désinformation, la persécution, les amendes, les coups, l’emprisonnement et la déportation ont été utilisées au Congo belge pour tenter de faire cesser définitivement la ‘ prédication de la parole ’ dans ce pays.
1952 : L’Afrique centrale a elle aussi son “ rideau de fer ”. Pour ce qui est des Témoins de Jéhovah, il entoure le Congo belge. L’interdiction de l’œuvre dans ce pays majoritairement catholique est toujours en vigueur.
Des rapports isolés nous informent que les proclamateurs africains endurent la déportation, l’emprisonnement, les coups et les privations. Il semble qu’en de nombreux endroits les Témoins doivent affronter une hostilité accrue. Les citoyens congolais surpris en train de prêcher ou simplement en possession de publications de la Watchtower sont déportés dans des camps de travail. Il suffit même qu’une personne ait une bible pour qu’elle soit soupçonnée d’être Témoin de Jéhovah.
Les maisons des frères sont sans cesse surveillées et souvent fouillées. Un frère qui nous a transmis ce rapport déclare : “ [La police du Congo belge] ne dort plus, tant elle est occupée à rechercher les Témoins de Jéhovah. La situation est plus difficile que jamais. ”
Un rapport sur l’activité de 30 proclamateurs durant le mois d’août est parvenu jusqu’à notre bureau avec, en note, ces paroles contenues en 1 Thessaloniciens 5:25 : “ Frères, continuez à prier pour nous. ”
Comme nous l’avons mentionné précédemment, des Témoins de Rhodésie du Nord sont allés au Congo. Mais quand ils se faisaient prendre, ils étaient jetés en prison, puis expulsés. Bien que la plupart de ces frères n’aient purgé que de courtes peines, certains ont été envoyés dans des camps de travail pour plusieurs années. Un frère a passé presque cinq ans dans différentes prisons du Congo. Il était souvent battu, et on lui disait qu’il ne serait pas relâché tant qu’il continuerait de prêcher.
C’est en 1952 que le frère fidèle cité en introduction a déclaré : ‘ Nous sommes comme des grains de maïs dans un sac. Où que nous tombions, la pluie finit par arriver, et nous devenons nombreux. ’ À ce sujet, voici ce que la filiale des Témoins de Jéhovah de Rhodésie du Nord a écrit : “ Le ‘ sac de maïs africain ’ est en train d’être répandu au Congo malgré, ou plutôt en raison de la persécution qu’endurent les frères. À un moment donné, la filiale de Lusaka a reçu des rapports précisant que plusieurs centaines de personnes fréquentaient les Témoins dans la région de Kolwezi. Toutefois, on nous informe aujourd’hui qu’un certain nombre d’entre elles ont été déplacées dans d’autres régions du Congo. ” La dispersion de ces frères a favorisé l’extension de l’œuvre qui consiste à faire des disciples.
Tandis que les frères poursuivaient leur activité dans le sud-est du pays, la vérité était introduite peu à peu à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa). Les frères de Brazzaville avaient fait de rapides progrès spirituels et parlaient avec zèle de la vérité autour d’eux. Certains ont commencé à traverser le fleuve Congo en bateau pour aller prêcher à Léopoldville. En 1952, Victor Kubakani et sa femme ont été les premiers Témoins baptisés à Kinshasa. Une congrégation n’a pas tardé à être formée.
1953 : Des rapports montrent qu’il y aurait environ 250 frères qui participeraient à la prédication dans différentes régions du pays, mais il y en a sûrement beaucoup plus. Le témoignage se limite à de [nouvelles visites] et à des études bibliques à domicile et ce, avec très peu de publications, voire aucune, car les frères savent que leurs maisons peuvent être fouillées à tout moment. Un frère qui détenait deux brochures a été dénoncé par un soi-disant “ ami ”. Il a été condamné à deux mois de détention à la prison centrale d’Élisabethville.
1954 : La Société ainsi que l’œuvre des Témoins de Jéhovah sont toujours interdites au Congo belge [...]. En prison, les Témoins fidèles continuent de prêcher aux autres détenus qui, munis de morceaux de papier et d’un bout de crayon, prennent des notes, qu’ils emportent dans leur cellule pour les comparer avec ce qui figure dans la bible que la prison leur fournit. C’est sans doute pour cette raison que, dans quelques prisons, les Témoins de Jéhovah sont isolés des autres prisonniers.
Les activités des Témoins de Jéhovah comme celles des adeptes du Kitawala ont été interdites. Des représentants de l’État ont confisqué des publications bibliques qui avaient été envoyées dans le pays. Quand celles-ci réussissaient à passer, il arrivait que les partisans du Kitawala les interceptent et les utilisent pour leur profit. Témoins de Jéhovah et adeptes du Kitawala ont été arrêtés, battus et déportés dans des camps de concentration. Jésus avait toutefois déclaré : “ C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. ” (Mat. 7:16). Les autorités coloniales ont remarqué la belle conduite des frères et ont commencé à faire la différence entre les Témoins et les Kitawala.
1955 : L’interdiction de l’œuvre est toujours en vigueur, et il y a peu d’espoir qu’elle soit levée dans un avenir proche. Mais cela n’a pas amoindri le zèle de ceux qui aiment Jéhovah et qui le servent. L’an dernier, de nombreux frères ont été emprisonnés et déportés, mais cela ne les a pas ralentis.
Étant donné les circonstances, il n’est pas possible de prêcher de maison en maison. Les frères font donc des [nouvelles visites] et dirigent des études bibliques à domicile. Comme le rapporte une congrégation, les proclamateurs aimeraient aussi participer à la proclamation de la bonne nouvelle, mais, déclarent les frères, “ nous ne savons pas si Jéhovah nous permettra de prêcher la bonne nouvelle de maison en maison dans ce pays avant la bataille d’Har-Maguédôn ”.
1957 : Assurément, l’an passé l’œuvre a été remarquée plus que jamais, particulièrement par des représentants de l’État et de la presse. En novembre, frère [Milton] Henschel s’est adressé directement au gouvernement du Congo belge à Léopoldville et a présenté une pétition demandant la levée de l’interdiction de la Société et de l’œuvre des Témoins de Jéhovah. Une autre visite à Léopoldville, puis des démarches à New York et à Bruxelles ont poursuivi le même but. Un spécialiste belge des affaires africaines s’est rendu à la filiale de Rhodésie du Nord, où des explications détaillées sur notre œuvre et sur notre message lui ont été données.
En attendant, l’interdiction n’est toujours pas levée, et les frères du Congo belge doivent surmonter de nombreuses difficultés. Deux cent soixante personnes réparties en petits groupes ont assisté au Mémorial.
1958 : L’an dernier, malgré l’interdiction de la prédication de la bonne nouvelle et l’emprisonnement des frères, le message du Royaume a retenti, avec des résultats sans précédent.
1959 : Pour la première fois, et bien que l’œuvre soit toujours interdite, les autorités locales ont autorisé verbalement les frères à tenir des réunions. Jusqu’alors, les frères n’avaient pu organiser aucune réunion au niveau des congrégations, et ils ne se réunissaient qu’en petits groupes pour étudier la Bible dans des foyers. Depuis, ils ont pris des dispositions pour tenir le Mémorial, la première réunion de la congrégation. Les cinq [congrégations] de Léopoldville ont accueilli 1 019 personnes. Les gens étaient stupéfaits, non seulement de constater que les réunions étaient autorisées, mais aussi de voir la joie et la fraternité chrétienne des frères. Plusieurs personnes ont tout de suite remarqué que les Témoins étaient différents des autres religions, car ils ‘ se témoignaient de l’amour entre eux ’.
Bien qu’il ne fût pas encore possible d’envoyer des missionnaires au Congo, un décret de tolérance, signé le 10 juin 1958, a permis aux Témoins de Jéhovah de “ s’assembler dans des lieux clos ”. Les frères étaient ravis de pouvoir se réunir librement. Des agents de la sécurité ont parfois assisté à ces réunions et ont félicité les frères pour leur ordre et leur belle conduite.
Citons d’autres changements positifs. Jusqu’en 1956, toutes les écoles étaient financées par des organismes religieux. C’est alors qu’un nouveau ministre colonial libéral a fondé des écoles publiques et prôné une attitude plus tolérante envers les minorités. À mesure que les représentants de l’État faisaient la distinction entre les adeptes du Kitawala et les Témoins de Jéhovah, les gens confondaient de moins en moins les deux mouvements. Une pluie fine et rafraîchissante était tombée sur les graines disséminées. Des gens, de toutes parts, prenaient position pour Jéhovah.
À cette époque, un chef a arrêté plusieurs Témoins et les a conduits devant l’administrateur de la région pour qu’ils soient jugés. Ce dernier lui a demandé quel mal ils avaient fait. Le chef l’ignorait. L’administrateur l’a réprimandé, a relâché les frères et a ordonné qu’ils soient reconduits à leur domicile.
1960 : Au cours de l’année qui vient de s’écouler, l’œuvre a fait de merveilleux progrès au Congo belge. Malgré les difficultés qui règnent dans ce pays et le fait que l’œuvre est toujours officiellement interdite, les frères ont pu se réunir régulièrement dans les Salles du Royaume.
Un événement remarquable a eu lieu à l’époque du Mémorial à Léopoldville, la capitale. Les six [congrégations] de cette ville ont pris des dispositions pour se réunir ensemble à l’occasion d’un discours public, le dimanche, et les frères ont été heureux d’enregistrer une assistance de 1 417 personnes. Voici ce que l’un des [surveillants] nous a écrit à ce moment-là : “ Nous étions très heureux, parce que c’était la première fois que nous tentions une telle expérience ; les anges de Jéhovah campaient autour de nous. ”
Ces trente ans d’Histoire nous ont donné un aperçu de l’activité au Congo, telle que l’ont rapportée les filiales des pays voisins. Voyons maintenant ce qui s’est passé par la suite.
Vers l’indépendance
Vers la fin des années 50, la prédication du Royaume au Congo, supervisée par la filiale de Rhodésie du Nord, était tolérée officiellement mais pas reconnue légalement. Pendant ce temps, des difficultés et des incertitudes nouvelles faisaient leur apparition. Le nationalisme avait pris de l’ampleur, ce qui s’est traduit par une résistance à la puissance coloniale. En janvier 1959, des manifestants ont saccagé et brûlé des magasins à Léopoldville. Ils ont pillé des églises et jeté les idoles dans les rues. Une conférence a réuni les représentants de l’autorité belge et ceux des partis politiques congolais. C’est ainsi que la date de l’indépendance a été fixée au 30 juin 1960. Bien entendu, aucun Témoin de Jéhovah n’avait pris part aux émeutes.
Partout dans le pays, des partis politiques ont commencé à voir le jour. Leurs membres étaient souvent plus unis par les liens tribaux que par des convictions politiques. Ils ont harcelé les frères pour qu’ils achètent la carte d’un parti politique. Pierre Mafwa, qui s’était fait baptiser un an auparavant, raconte : “ C’était un samedi du mois de juin 1960. Il était midi, et je rentrais du travail. Tandis que je passais devant le vieil aéroport de Léopoldville, un homme armé d’une épée s’est approché de moi. ‘ Où est ta carte du parti ? ’, m’a-t-il demandé. Je n’ai pas répondu. Soudain, il m’a frappé au visage et m’a tranché le nez. Il a continué à me frapper avec son épée. J’ai essayé de fuir, mais je me suis écroulé sur le sol. J’ai prié Jéhovah pour lui demander de se souvenir de moi à la résurrection, pour que je puisse revoir ma femme et mes six enfants. Après cette courte prière, j’ai entendu des coups de feu. Des soldats avaient tiré dans les jambes de celui qui s’apprêtait à me tuer et l’avaient abattu. Un policier m’a emmené à l’hôpital pour que je reçoive des soins. Des versets de la Bible m’ont grandement encouragé. ”
Arrivée des premiers missionnaires et ouverture d’une filiale
Comme nous l’avons vu, les efforts répétés pour envoyer des représentants des Témoins de Jéhovah au Congo n’avaient pas abouti. Toutefois, grâce à des changements politiques, Ernest Heuse fils a pu entrer dans le pays.
Frère Heuse était Belge. C’était un homme grand, bien bâti, avec des cheveux bruns et ondulés. Quoique courageux, il savait que la vie au Congo ne serait pas facile, ni pour lui, ni pour sa femme, Hélène, ni pour Danielle, leur fille de 11 ans. L’expérience qu’il possédait déjà l’avait préparé à ce qui l’attendait. Frère Heuse était entré au Béthel de Bruxelles en 1947. Un an plus tard, après s’être marié, lui et sa femme avaient entrepris le service de pionnier. Puis Ernest s’était vu confier la responsabilité d’entrer en contact avec les avocats et les représentants de l’État, muni d’une brochure spéciale qui exposait les différences entre les adeptes du Kitawala et les Témoins de Jéhovah. Il était ensuite devenu surveillant de circonscription.
Ernest a essayé à plusieurs reprises d’obtenir des papiers pour entrer au Congo. Il a même adressé personnellement une requête au roi de Belgique. Sans succès. Au contraire, son nom a été ajouté à la liste de personnes jugées ‘ indésirables ’ au Congo.
Ernest n’a pas baissé les bras. Il est allé en Afrique et a essayé d’entrer au Congo en passant par des pays frontaliers. Toutes ses tentatives ont échoué. Il a fini par obtenir un visa pour se rendre à Brazzaville, la capitale de la République du Congo. Puis il a pris le bateau pour traverser le fleuve à destination de Léopoldville. Son arrivée a provoqué une vive discussion parmi les fonctionnaires de service. Certains disaient qu’on ne devait pas lui donner de visa parce que son nom figurait sur la liste des personnes indésirables. Finalement, l’un d’entre eux, Cyrille Adoula, qui deviendrait plus tard premier ministre, a déclaré qu’il était au courant des différentes tentatives d’Ernest pour entrer au Congo. Il a ajouté que, si les colonialistes n’aimaient pas Heuse, celui-ci devait être un ami du Congo. Ernest a pu obtenir un visa temporaire, et plus tard une carte de résident. C’est ainsi qu’en mai 1961, les Témoins de Jéhovah ont eu un représentant au Congo pour superviser l’œuvre qui consiste à faire des disciples.
Ernest a fait le nécessaire pour qu’Hélène et Danielle le rejoignent et, en septembre, Danielle allait à l’école de Léopoldville. Le 8 juin 1962, la première filiale a été ouverte dans la capitale. Les bureaux et les logements se trouvaient dans un bâtiment de deux étages situé Avenue van Eetvelde (aujourd’hui Avenue du Marché). Comme la place manquait, les publications étaient stockées à part, dans un entrepôt. Ce n’était pas idéal, mais cela restait la meilleure solution, car les logements étaient très rares.
Frère Heuse s’est tout de suite mis au travail. Il a emprunté à la filiale de Brazzaville un projecteur et un film intitulé Le bonheur de la société du Monde Nouveau qu’il a ensuite projeté aux congrégations de Léopoldville ainsi qu’à quelques représentants du gouvernement. Les frères et les personnes intéressées par le message ont découvert qu’il existait une famille internationale de Témoins vivant dans la paix et le bonheur ! Ils ont été stupéfaits de voir un frère noir baptiser par immersion des Européens ! Le maire de Léopoldville a tellement aimé le film qu’il a déclaré : “ Cette œuvre [des Témoins de Jéhovah] devrait être encouragée le plus possible. ” Pas moins de 1 294 personnes ont assisté aux quatre premières projections.
Après toutes ces années d’attente, les frères étaient très heureux d’avoir enfin quelqu’un pour les aider. Jusqu’alors, ils n’avaient jamais vu de frère européen. Certains se demandaient même s’il en existait, car les autorités belges avaient affirmé qu’il n’y avait pas de Témoins de Jéhovah en Belgique. Les frères étaient ravis d’avoir frère Heuse parmi eux.
La mise en pratique de la vérité : un défi à relever
Il y avait beaucoup de travail à faire pour aider les frères à mettre en pratique la vérité dans leur vie. Par exemple, les rivalités entre tribus persistaient, et certains surveillants de congrégation ne s’adressaient pas la parole entre eux. Si quelqu’un était exclu d’une congrégation et si la plupart des membres de cette congrégation appartenaient à une certaine tribu, l’exclu pouvait être accueilli par les anciens d’une autre congrégation composée essentiellement de frères de sa propre tribu. Les décisions prises dans une congrégation n’étaient pas toujours respectées dans une autre. Les coutumes tribales régissaient la vie quotidienne, et l’esprit tribal se retrouvait dans les congrégations.
Les coutumes tribales engendraient d’autres difficultés. Dans certaines tribus, les relations existant entre un mari et une femme reposaient sur la fidélité à la tribu. En général, il n’y avait pas de relations étroites entre les deux conjoints. Le mariage était souvent considéré comme un arrangement de la tribu. Si les membres de celle-ci n’approuvaient pas une certaine union, ils pouvaient obliger le mari à se séparer de sa femme et à en prendre une autre de leur choix.
La mort d’un mari pouvait avoir des conséquences désastreuses. Souvent, la famille du mari s’emparait de tout ce qu’il y avait chez lui, sans rien laisser à la femme et aux enfants. Dans certaines tribus, le mari était tenu pour responsable de la mort de sa femme, et la famille de la défunte lui faisait payer une amende.
Et ce n’est pas tout. Jusqu’à ce jour, beaucoup de Congolais croient que l’on ne meurt pas de causes naturelles. Par conséquent, au moment de l’enterrement, on procède à des cérémonies censées identifier la personne responsable de la mort. Parmi les nombreuses coutumes pratiquées, il y a celle qui consiste à raser la tête du présumé coupable. Dans certaines tribus, lorsque le mari meurt, sa femme est supposée se purifier en ayant des relations sexuelles avec un homme de la tribu. Lors des funérailles, on s’adresse souvent au défunt, ce qui illustre la croyance selon laquelle l’âme ou l’esprit survit à la mort du corps. Quand on considère à quel point toutes ces coutumes sont profondément enracinées, on imagine facilement les problèmes qu’ont dû rencontrer ceux qui désiraient pratiquer le culte pur. D’autres, qui se disaient chrétiens, n’avaient pas complètement abandonné ces coutumes, et ils essayaient même de les introduire dans la congrégation chrétienne.
Il fallait des anciens courageux et honnêtes pour redresser la situation. Ceux qui aimaient Jéhovah étaient disposés à apprendre de tels frères et à opérer les changements nécessaires. Il n’était pas facile de renverser les raisonnements profondément ancrés dans l’esprit de ceux qui pensaient, à tort, connaître la vérité. Mais le plus grave, c’était que les gens confondaient les Témoins de Jéhovah avec les adeptes du Kitawala.
Lorsque le pays a appris qu’une filiale avait été ouverte, de nombreux groupes de frères ont écrit pour demander le statut de congrégation. Les groupes du Kitawala ont fait de même. On lit dans un rapport : “ Certains ont parcouru pas moins de 2 300 kilomètres, avec de longues listes de noms de personnes qui voulaient être considérées comme des Témoins de Jéhovah. Ces listes étaient parfois écrites sur des feuilles de papier larges de 70 cm et longues de 90 cm, et il arrivait qu’elles comprennent les noms de tous les habitants de deux ou trois villages. ”
Avant de donner le nom de Témoin de Jéhovah à une personne ou à un groupe, il fallait distinguer les vrais chrétiens des adeptes du Kitawala. Frère Heuse a donc envoyé des frères expérimentés procéder à cette vérification, laquelle a duré plusieurs années. Examinons quelques faits vécus par ces frères fidèles.
Face au mouvement Kitawala
En 1960, Pontien Mukanga, un frère de petite taille, au tempérament doux, est devenu le premier surveillant de circonscription au Congo. Après avoir reçu une formation au Congo-Brazzaville, il a rendu visite aux congrégations de Léopoldville ainsi qu’à quelques groupes à proximité. Mais une mission beaucoup plus difficile l’attendait : faire face aux adeptes du Kitawala.
Un de ses premiers voyages a conduit frère Mukanga à Kisangani (anciennement Stanleyville), à plus de 1 600 kilomètres de la capitale. Pourquoi cette destination ? Frère Heuse avait rencontré en prédication un Européen qui lui avait montré une photo prise à Stanleyville juste après l’indépendance. Cette photo montrait un grand panneau devant la gare, avec la photo d’une Bible ouverte en dessous de laquelle était inscrit : “ Watch Tower Bible and Tract Society — Association internationale des Étudiants de la Bible — Religion congolaise du Kitawala — Longue vie à Patrice Lumumba — Longue vie à Antoine Gizenga — Longue vie au M.N.C. ” Manifestement, les partisans du Kitawala de Kisangani faisaient un mauvais usage des noms des associations des Témoins de Jéhovah.
Y avait-il des Témoins de Jéhovah sincères à Kisangani ? Frère Mukanga a été envoyé là-bas pour le vérifier. Les seuls renseignements que détenait la filiale concernaient un certain Samuel Tshikaka, qui avait entendu parler de la vérité à Bumba avant de retourner à Kisangani en 1957. Samuel ne fréquentait aucun groupe des Kitawala, et il désirait vivement soutenir frère Mukanga, qui a écrit plus tard : “ Avec Samuel, nous nous sommes renseignés sur les personnes qui emploient le nom Watch Tower. Nous avons rencontré leur pasteur, qui nous a parlé de ses fidèles. Certes, quelques-uns d’entre eux se servaient de la Bible, mais tous croyaient en l’immortalité de l’âme. Ils enseignaient l’amour en s’échangeant leurs femmes.
“Peu de temps après mon arrivée, la police a tenté d’arrêter les adeptes du Kitawala présents dans la ville. Comme ces derniers ripostaient, la police a fait appel à des soldats en renfort. Beaucoup de partisans du Kitawala ont été tués. Le lendemain, un bateau transportant des morts et des blessés est arrivé. Le secrétaire du pasteur, qui était à bord, s’est rappelé que deux jours auparavant j’étais allé voir leur chef. Il m’a accusé de les avoir livrés aux autorités et a déclaré que j’étais responsable de la mort de ceux qui s’étaient fait tuer dans la lutte. Il a dit à ses amis du mouvement Kitawala de veiller à ce que je ne m’échappe pas. Mais j’ai réussi à m’enfuir avant qu’ils ne me tuent.”
La presse belge a rapporté l’incident dans un article qu’elle a intitulé “ Lutte entre les Témoins de Jéhovah et la police ”. Cependant, les autorités congolaises, qui faisaient bien la différence entre les adeptes du Kitawala et les Témoins de Jéhovah, ont fait un rapport exact. Pas un seul journal congolais n’a accusé les Témoins d’avoir été impliqués dans cette affaire.
Qu’est-il advenu de Samuel Tshikaka ? Il est toujours dans la vérité et sert comme ancien dans la congrégation de Tshopo Est, à Kisangani. Cette ville compte aujourd’hui 1 536 proclamateurs, répartis dans 22 congrégations. Lotomo, le fils de Samuel, est surveillant de circonscription, comme Pontien Mukanga il y a environ 40 ans.
Un surveillant de circonscription redresse les choses
François Danda, un autre surveillant de circonscription, s’est lui aussi beaucoup investi pour établir la différence entre les Témoins et les adeptes du Kitawala. “ C’était une période difficile, explique-t-il, et la confusion régnait. Devant les lieux de rassemblement des partisans du Kitawala, il y avait toujours un panonceau sur lequel on pouvait lire ‘ Watch Tower ’ en anglais. Dans toutes nos publications, quelle que soit la langue, les termes ‘ Watch Tower ’ apparaissaient sur la page des éditeurs. Maintenant, imaginez qu’une personne ayant lu nos publications se mette à rechercher les serviteurs de Dieu. Elle découvre un lieu de réunion avec un panneau sur lequel est écrit dans la langue locale ‘ Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah ’, et un autre lieu de réunion dont le panonceau indique en anglais ‘ Watch Tower ’. Où va-t-elle se diriger ? Voyez comme il était difficile pour les gens de s’y retrouver !
“ Bon nombre de frères n’avaient pas la connaissance exacte et ils disposaient de peu de publications. Les congrégations mélangeaient souvent la vérité avec les enseignements du mouvement Kitawala, particulièrement au sujet du caractère sacré du mariage. Dans une ville, les frères à qui je rendais visite pensaient que, d’après 1 Pierre 2:17, qui dit d’‘ aimer toute la communauté des frères ’, une sœur pouvait avoir des relations sexuelles avec n’importe quel frère de la congrégation. Si elle tombait enceinte d’un autre frère que son mari, celui-ci considérait malgré tout l’enfant comme le sien. Tout comme au Ier siècle, ‘ les personnes sans instruction et instables ’ déformaient les Écritures. — 2 Pierre 3:16.
“ J’ai prononcé des discours bibliques très directs sur les normes de Jéhovah, y compris sur le mariage. J’ai expliqué aux frères qu’il nous fallait redresser certaines choses patiemment, progressivement, et que l’échangisme était proscrit. Heureusement, les frères ont compris et ont accepté le point de vue des Écritures. Même des adeptes du Kitawala de cette ville ont embrassé la vérité. ”
Les efforts fournis par frères Mukanga et Danda et par beaucoup d’autres ont permis aux gens de faire la distinction entre les Témoins de Jéhovah et les adeptes du Kitawala. Aujourd’hui, personne ne confond les termes “Kitawala” et “Watch Tower”. Les partisans du Kitawala existent toujours, bien qu’ils soient moins nombreux et moins puissants que par le passé. Dans beaucoup d’endroits, ils sont même totalement inconnus.
Accroissement grâce à une meilleure organisation
À la fin de l’année de service 1962, plus de 2 000 proclamateurs servaient Jéhovah avec zèle dans tout le Congo. Toutefois, peu de frères remplissaient les conditions bibliques requises pour être surveillants. L’illettrisme posait problème, surtout parmi les plus âgés. De plus, beaucoup tardaient à se conformer aux normes justes de Dieu à cause d’un obstacle majeur : les traditions. Enfin, quiconque avait fréquenté les adeptes du Kitawala devait attendre des années avant de se voir confier des privilèges de service. Mais avec le temps, grâce à l’enseignement bénéfique des Écritures et à l’action de l’esprit de Jéhovah, des hommes se sont qualifiés pour devenir surveillants dans les congrégations. Partout dans le pays, des surveillants de circonscription et des pionniers courageux ont grandement contribué à fortifier et à former les frères. À cette époque, des surveillants de circonscription ainsi que des pionniers spéciaux formés en Zambie sont même entrés au Katanga et dans le sud du Kasaï, des régions qui avaient été touchées par la guerre civile.
A propos de Joseph Booth
Les Témoins de Jéhovah – Prédicateurs du Royaume de Dieu
chap. 22 p. 418 Partie 1
Témoins jusque dans la partie la plus lointaine de la terre
Malheureusement, parmi ceux qui ont reçu les publications écrites par frère Russell et en ont parlé à d’autres, quelques-uns, comme Joseph Booth et Elliott Kamwana, y ont mêlé des idées personnelles, invitant à militer en faveur d’un changement social. Cela tendait à donner une image faussée des authentiques Étudiants de la Bible en Afrique du Sud et au Nyassaland (appelé plus tard Malawi). Il n’empêche que beaucoup ont entendu le message qui présente le Royaume de Dieu comme l’unique solution aux problèmes de l’humanité, et ils l’ont apprécié.
Les Témoins de Jéhovah – Prédicateurs du Royaume de Dieu
chap. 23 p. 521
Les missionnaires étendent l’œuvre au monde entier
La Watch Tower Bible and Tract Society a envoyé des missionnaires hors de leur pays d’origine bien avant d’ouvrir une école dans ce but. Le premier président de la Société, Charles Russell, était conscient de la nécessité d’inviter des prédicateurs compétents à aller à l’étranger afin d’y inaugurer et d’y organiser la prédication de la bonne nouvelle. Il a donc demandé à des hommes de se rendre dans diverses parties du monde: Adolf Weber en Europe, Evander Coward aux Antilles, Robert Hollister en Orient, et Joseph Booth en Afrique australe. Malheureusement, ce dernier s’est surtout montré désireux de poursuivre ses propres objectifs; c’est pourquoi, en 1910, on a invité William Johnston, qui se trouvait en Écosse, à se rendre au Nyassaland (aujourd’hui le Malawi), où la mauvaise influence de Booth se faisait particulièrement sentir. Par la suite, frère Johnston a été chargé d’ouvrir une filiale de la Société Watch Tower à Durban (Afrique du Sud), puis a été nommé surveillant de filiale en Australie.
Annuaire 1999 - pages 150 et 151
Malawi
‘Comme un feu dans les broussailles’
Notre récit commence en évoquant Joseph Booth, un personnage pittoresque mais controversé. Débordant d’enthousiasme après avoir lu des publications de la Société Watch Tower, il a rencontré Charles Russell en 1906 et l’a convaincu qu’il fallait envoyer un représentant de la Société en Afrique australe. Puisque Joseph Booth avait par le passé travaillé au Malawi, qui à l’époque s’appelait le Nyassaland, il semblait que cet homme pouvait rendre de grands services à l’œuvre. Ce que frère Russell ignorait, c’est que cet homme s’était forgé une très mauvaise réputation dans cette partie du monde. Il y passait pour ce qu’un journaliste a plus tard appelé un “ auto-stoppeur des religions ”, parce qu’il passait d’une religion de la chrétienté à une autre selon ce qui favorisait ses ambitions personnelles. Booth, en fait très mal vu des autorités, était persona non grata au Malawi. Mais une fois de plus, cet “ auto-stoppeur ” expérimenté avait trouvé un moyen de poursuivre sa route !
Sachant qu’il ne pouvait pas se rendre directement au Malawi, Booth s’est d’abord installé en Afrique du Sud. C’est là qu’il a revu Elliott Kamwana, une ancienne connaissance du Malawi. Booth a rapidement convaincu ce jeune homme de retourner dans son pays. À son arrivée, en 1908, Elliott Kamwana a entrepris une campagne de prédication publique, en s’inspirant plus ou moins librement de quelques publications de la Société Watch Tower. McCoffie Nguluh, qui est mort il y a quelques années et qui était un ancien fidèle, a connu la vérité à cette époque. Il avait décrit la prédication de Kamwana comme “ un feu dans les broussailles ”. En effet, l’activité de Kamwana, ponctuée par de spectaculaires baptêmes en plein air, a rapidement produit des résultats dans tout le pays, à la manière d’un feu de brousse. Des milliers de personnes se sont intéressées et de nombreuses “ congrégations ” ont vu le jour en peu de temps.
En réalité, ni Booth ni Kamwana n’avaient réellement quitté “ Babylone la Grande ”. (Rév. 17:5 ; 18:4.) Les visées qu’ils poursuivaient étaient en fait de nature politique. Les méthodes de prédication douteuses d’Elliott Kamwana ont bien vite inquiété les autorités du Malawi. Il a peu après été expulsé vers les Seychelles. En 1910, Joseph Booth a lui aussi changé d’horizon et rompu tout lien avec la Société Watch Tower.
Malheureusement, ces deux hommes avaient fait plus de tort que de bien ; le seul point positif de l’épisode, c’est que de nombreuses publications contenant la vérité biblique avaient été diffusées dans le pays. Dans les quelques années qui ont suivi, des personnes sincères, comme McCoffie Nguluh, allaient réagir favorablement à ce qu’elles avaient lu.
Les “ mouvements Watch Tower ” sèment la confusion
En raison de ces débuts mouvementés de l’œuvre au Malawi, la Société y a envoyé William Johnston, un frère écossais très qualifié de Glasgow, pour examiner la situation. Il a découvert que de nombreuses prétendues congrégations avaient été créées, mais que leurs membres n’avaient qu’une compréhension très limitée de la vérité biblique. Il s’y trouvait toutefois quelques personnes qui recherchaient sincèrement la vérité. Frère Johnston a donc formé quelques hommes du pays pour qu’ils prennent la direction de l’activité, puis il s’est rendu en Afrique du Sud. Il s’est ensuite écoulé une longue période avant que l’on s’inquiète de nouveau de l’œuvre au Malawi. Entre-temps, une terrible confusion s’était installée. Cela a valu de nombreuses difficultés aux Témoins de Jéhovah, qui s’appelaient à l’époque les Étudiants de la Bible, et a mis leur intégrité à l’épreuve.
Reprenant à leur compte le style charismatique d’Elliott Kamwana, de nombreux mouvements qui amalgamaient quelques enseignements bibliques avec des doctrines fausses et des pratiques contraires aux Écritures ont vu le jour. Ces mouvements se servant plus ou moins de publications de la Société Watch Tower, leurs dénominations comportaient souvent l’expression Watch Tower. Cela a valu des ennuis aux quelques frères fidèles de ce pays. À noter que, privés d’une direction convenable et de la nourriture spirituelle dont ils auraient eu besoin, il est remarquable que ces frères n’aient pas avec le temps renoncé à l’activité chrétienne. Ils ont continué de se réunir et de rendre témoignage, et ils se sont efforcés de suivre les traces de Jésus Christ. — 1 Pierre 2:21.
Les chefs religieux du pays ont profité de cette situation pour calomnier les Étudiants de la Bible en prétendant qu’ils appartenaient à ces mouvements qui avaient repris arbitrairement à leur compte le nom Watch Tower. Mais, avec le temps, la différence entre ces sectes locales et nos frères est devenue manifeste. Au début des années 20, alerté par des rapports troublants venant de membres du clergé de la chrétienté, le directeur de la police a mené une enquête. Il a assisté incognito à plusieurs réunions des Étudiants de la Bible. Quelle a été sa conclusion ? Il s’est dit outré par les mensonges éhontés qui avaient été proférés à leur encontre. Cependant, la confusion créée par ces faux “ mouvements Watch Tower ” a duré de longues années.
Annuaire 1976 - page 71 et suivantes :
Afrique du Sud et territoires avoisinants (1re partie)
En 1907, un certain “Révérend” nommé Joseph Booth entra en scène en Afrique du Sud. Né en Angleterre, il se rendit en Nouvelle-Zélande pour y faire l’élevage du mouton. Plus tard, il alla travailler en Australie. Il s’affilia aux baptistes et, par la suite, il voulut faire œuvre de missionnaire en Afrique. En 1892, il débarqua au Nyassaland (actuellement le Malawi) en tant que missionnaire indépendant. Booth voulait l’égalité pour les Africains. Son idée était “l’Afrique pour les Africains”. Il fonda diverses “Missions industrielles”.
En 1900, Booth avait rompu avec la plupart de ses missions et s’était rendu plusieurs fois en Amérique où il se convertit à la religion des baptistes du septième jour. Il revint bientôt au Nyassaland pour y fonder une mission pour cette confession, qui observait le sabbat. Il ne tarda pas à être en désaccord avec les baptistes du septième jour. Il se joignit alors aux adventistes du septième jour et fonda pour eux une mission. Il entra aussi en conflit avec les autorités gouvernementales qui voyaient d’un très mauvais œil ses projets de changement social. En 1906, Booth commença à s’intéresser aux Églises du Christ et, bien qu’il fût repoussé par les Églises anglaises du Christ, il fut accepté dans une certaine mesure par leur filiale du Cap. Booth les aida à fonder une mission au Nyassaland. Selon une publication, L’Afrique indépendante, Booth allait d’une confession à l’autre comme un “auto-stoppeur” religieux.
À la fin de 1906, Booth, qui se trouvait alors en Écosse, lut quelques livres de frère Russell. Il ne tarda pas à se rendre aux États-Unis où il demanda à voir Russell. L’entretien fut intéressant et décisif. Russell ignorait le passé de Booth. Il ne savait pas que son but était de rendre l’Afrique aux Africains. Il ignorait que Booth était déjà considéré comme un indésirable par les autorités et les Blancs du Nyassaland et qu’il s’était déjà servi de plusieurs organisations religieuses pour réaliser ses projets. D’autre part, Russell cherchait quelqu’un qui fût disposé à ouvrir un nouveau champ d’activité. C’est pourquoi la Société, assumant tous les frais, se servit de Booth comme de son missionnaire auprès des peuplades qu’il connaissait bien.
Frère Russell ne se doutait guère que cela allait se traduire par une foule de difficultés et porter atteinte à la réputation de la Société. Quoi qu’il en soit, au début de 1907, Booth était revenu en Afrique et s’était mis à l’œuvre au Cap et en d’autres endroits du pays. N’étant point “persona grata” au Nyassaland, Booth s’abstint de se rendre dans ce pays pendant longtemps, tout en gardant le contact par des lettres et des messagers personnels. Son influence fut profonde.
Dans le numéro du 1er juin 1908 de l’édition anglaise de La Tour de Garde de Sion parut une lettre de L. de Beer, adressée à frère Russell. Elle jetait quelque lumière sur ce qui se passait. En voici un extrait : “Je m’intéresse beaucoup à vos six livres et j’ai deux frères qui marquent le même intérêt. L’un d’eux est un pasteur de l’Église réformée ; ce n’est pas seulement un lecteur, mais un penseur. Il est professeur honoraire ; il réside à Pretoria, au Transvaal, et publie un journal de l’Église réformée ; il prêche sur demande. (...)
“Il y a encore un ami de frère Booth et de moi-même : le Révérend Orr, ministre de l’Église congrégationaliste indépendante à Wynberg (une de nos banlieues). Cet homme prêche déjà quelques-unes des nouvelles vérités contenues dans vos livres.
“Comme vous avez dû l’apprendre, il y a eu plusieurs personnes, dont j’étais, et s’intéressant toutes au message du Millénium, qui se sont réunies à l’Église de frère Orr pour y célébrer la Pâque. Nous étions cinq Européens et vingt-neuf indigènes et le service eut lieu en trois langues. Ce fut un moment important et une nouvelle étape dans notre vie.”
D’autres nouvelles de l’œuvre en Afrique du Sud parurent dans La Tour de Garde du 15 janvier 1909. Voici ce qu’on pouvait y lire : “Il y a trois frères noirs qui prêchent la vérité aux indigènes. L’un d’eux est allé porter le message au nord, à plus de trois mille deux cents kilomètres de son foyer. Ce frère, qui est jeune, parle plusieurs langues locales et sait bien écrire l’anglais. Son dernier rapport est fort encourageant. Les indigènes, semble-t-il, accueillent favorablement la Bonne nouvelle d’une grande joie, le message du Rétablissement.”
Le jeune Africain qui s’était éloigné à plus de trois mille deux cents kilomètres de sa région natale s’appelait Elliott Kamwana. Kamwana venait de la tribu des Tongas et il avait reçu son instruction dans la Mission Livingstonia (Mission presbytérienne écossaise), à Bandawe, sur les rives occidentales du lac Nyassa. Mais il avait rencontré Booth à Blantyre (Nyassaland), en 1900, et deux années plus tard il avait été baptisé à l’une des Missions du Septième Jour que Booth avait fondées. Plus tard, il était descendu en Afrique du Sud, avait travaillé quelque temps dans les mines et avait rencontré de nouveau Booth, au Cap. Kamwana resta plusieurs mois avec Booth, qui lui donna quelques directives, puis il retourna au Nyassaland, son pays. Dans La Tour de Garde du 1er juillet 1909, Booth décrit la distribution des tracts à Johannesburg et à Pretoria, parmi les Africains, et dit ensuite :
“Ils étaient très contents de ce qu’on leur apportait le même message que celui, ainsi qu’ils l’avaient appris, qui était annoncé dans leur pays, le Nyassaland, par frère Elliott Kamwana
. “Quelqu’un qui n’a passé que trois mois dans ce pays raconte qu’il a vu Elliott baptiser trois cents personnes en un seul jour ; un autre raconte qu’en un certain endroit il y a sept cents adhérents. Et l’on m’apprend encore qu’il y a environ trois mille personnes en trente endroits différents qui ont accepté le Divin plan, le préférant au presbytérianisme et à l’Église anglicane. Frère Elliott lui-même signale qu’il y a environ neuf mille personnes qui marquent quelque intérêt, mais pas toutes dans la même mesure qu’on vient de voir.”
À la fin de ce rapport, frère Russell a inclus des nouvelles de dernière heure sur l’arrestation d’Elliott Kamwana, à l’instigation des missionnaires écossais calvinistes de Bandawe (Lac Nyassa). Frère Russell termine le rapport par ces quelques mots : “Frère Kamwana a baptisé 9 126 personnes au cours de l’année passée.”
Aucun commentaire n’accompagnait ce chiffre fantastique. À l’époque le nombre des baptisés aux États-Unis était bien inférieur à ce chiffre. Mais comment Kamwana faisait-il ? Quelles étaient ses méthodes ?
Origine des “Mouvements de la Tour de Garde”
En fait, ni Booth ni Kamwana n’avaient réellement quitté Babylone la Grande, c’est-à-dire la fausse religion. Ils ne sont jamais devenus des Étudiants de la Bible, des témoins chrétiens de Jéhovah. Leurs relations avec la Société Tour de Garde furent sommaires et superficielles. Marjorie Holliday, dont les souvenirs concernant la vérité remontent jusqu’au début de 1900, raconte que Joseph Booth tentait souvent de saboter les réunions que les frères chrétiens tenaient dans une pièce à l’étage, à Durban. Voici ce que dit notre sœur Holliday : “Par exemple, quand nous chantions ‘Libérés de la Loi’, il se tenait dehors et chantait, lui, ‘Non libérés de la loi’.”
Il n’est donc pas surprenant qu’Elliott Kamwana, l’élève de Booth, ait eu une notion faussée des vérités contenues dans les publications de la Société. Il est impossible de savoir aujourd’hui ce qu’il a prêché exactement à son retour au Nyassaland. Il semble qu’une des caractéristiques de sa campagne fut les baptêmes en plein air. Mais ces baptêmes n’avaient aucun lien avec le véritable baptême chrétien des serviteurs de Jéhovah. Quel que fût le contenu de sa prédication ou quelles que fussent ses méthodes, la campagne de Kamwana ne dura qu’un temps, de septembre 1908 à juin 1909, époque où le gouvernement intervint et le fit mettre en prison. Par la suite, il fut déporté dans l’archipel des Seychelles. Ce n’est qu’en 1937 qu’il put revenir au Nyassaland et devint un des leaders des faux “mouvements de la Tour de Garde”.
Malheureusement, par suite de l’activité de Kamwana, il se développa en Afrique centrale une situation qui pendant longtemps fut cause de bien des confusions. Des mouvements se créèrent, qui se servirent dans une petite mesure des livres de Russell et mêlèrent un peu de vérité à leurs idées à eux. C’est ainsi que de nombreuses personnes furent égarées. Ces mouvements n’employèrent pas tous les noms de “La Tour de Garde” ou “Société Tour de Garde” ; en fait, le mouvement dont Kamwana devint un des leaders s’appelait “La Mission de la sentinelle”.
Bien des années plus tard, en 1947, comme ces sectes dites de La Tour de Garde causaient encore pas mal de confusion, les frères responsables de la prédication au Nyassaland écrivirent à Kamwana. Voici sa réponse, qui porte sa signature : “La Mission de la sentinelle (Mission Mlonda) n’a pas de temps à perdre avec les bruits qui courent, car les Noirs et les Européens du Nyassaland savent que la Mission de la sentinelle est séparée et distincte de la Watch Tower Bible and Tract Society des Européens.”
Ainsi, il est clair que Kamwana n’a jamais été un véritable serviteur de Jéhovah. Il est encore manifeste que c’est lui qui fut à l’origine de la formation des divers faux “mouvements de la Tour de Garde”. Il semble que tout a commencé par sa campagne “enflammée” de 1909. Nguluh, frère africain de Johannesburg, qui se trouvait au Nyassaland à l’époque, a comparé la campagne de Kamwana à “un feu de brousse”. En ce temps-là, de nombreux indigènes en quête de travail et d’un meilleur salaire quittaient le Nyassaland. C’est de cette façon donc que les faux “mouvements de la Tour de Garde” se sont répandus en Rhodésie, au Congo et en Afrique du Sud.
Annuaire 1976 - pages 179 et 180
Afrique du Sud et territoires avoisinants (2e partie)
Comme nous l’avons déjà dit, cette confusion a pour origine l’activité déployée au Nyassaland au début du vingtième siècle par Joseph Booth et par ses disciples. M. Booth et ses disciples, dont Elliott Kamwana, ont fait un mauvais usage des premiers écrits de la Watch Tower Bible and Tract Society, d’où la formation en Afrique centrale du faux “mouvement de la Tour de Garde”. Du Nyassaland, cette doctrine s’est vraisemblablement propagée au sud et à l’est, en Rhodésie et au Congo.
Durant les années qui ont suivi, la Société a écrit plusieurs fois aux autorités du Congo pour exposer les faits, mais pour une raison ou pour une autre, elles ont préféré continuer à assimiler ce mouvement religieux indigène, qui se faisait appeler à tort la “Tour de Garde”, à la Watch Tower Bible and Tract Society et à l’œuvre des témoins de Jéhovah. Les pressions exercées par l’Église catholique n’étaient pas étrangères à cette attitude.
À maintes reprises la Société a tenté, mais en vain, d’obtenir que certains de ses représentants expérimentés aient la permission d’entrer dans le pays. L’organisation de Jéhovah avait besoin d’être dirigée et aidée, mais pendant des années les autorités ont fait la sourde oreille, ne voulant pas faire la différence entre les véritables serviteurs de Jéhovah et les mouvements indigènes de la “Tour de Garde”.
Au début de 1948, Llewelyn Phillips, le serviteur du dépôt en Rhodésie du Nord, a été envoyé au Congo belge pour plaider la cause des témoins persécutés et demander que soit levée l’interdiction qui frappait l’œuvre. Il a eu des entretiens en privé avec le gouverneur général et d’autres membres du gouvernement, et a pu expliquer notre œuvre et montrer à quel point nos croyances et nos enseignements diffèrent de ceux du faux “mouvement de la Tour de Garde” ou Kitawala. Des documents officiels ont été déposés en haut lieu les 15 mars et 7 avril 1948, afin que l’affaire figure dans les archives. Au cours de l’entretien avec le gouverneur, celui-ci demanda d’un air embarrassé : “Si je vous aide, que m’arrivera-t-il ?” Excellente question, en vérité, car le Congo était presque entièrement sous la coupe de l’Église catholique romaine !
Quelle joie lorsque l’œuvre des témoins de Jéhovah a finalement été reconnue ! Le bureau de la filiale a commencé à fonctionner sous le nom officiel de “Témoins de Jéhovah” au lieu de “Watch Tower Society”, de manière à éviter toute confusion. Désormais, la différence entre les vrais témoins et ceux qui fréquentaient les faux “mouvements de la Tour de Garde” serait vite établie. À partir de ce moment-là, le nombre de ceux qui ont embrassé le culte pur de Jéhovah Dieu s’est accru considérablement.
Note importante du webmaster :
Voyez comment Brooklyn refait l'histoire dans l'Annuaire 2004. Et aussi comment elle insiste sur le fait que "kitawala" signifie dominer, le rattachant à un contexte politique. Toutefois, à ce sujet, lisez ce qu'en dit Jacques Gérard lorsqu'il commente la signification du terme swahili.