Hitler et l'antisémitisme
Il est tout d'abord très intéressant de reprendre l'article consacré à Hitler dans le dictionnaire (nous avons choisi le "Petit Larousse"), tout au moins pour la période allant jusqu'en 1934, car c'est celle-là qui fait particulièrement l'objet de notre examen.
(Nous soulignons les points importants pour notre étude) :
Hitler (Adolf) - Braunau, Haute-Autriche, 1889/Berlin, 1945 -, homme politique allemand. Issu d'une famille de la petite bourgeoisie autrichienne, combattant pendant la Première Guerre mondiale dans l'armée bavaroise. Il devient en 1921 le chef du Parti ouvrier allemand national - socialiste (N.S.D.A.P.).
Il crée les sections d'assaut (S.A.) en 1921, puis tente à Munich, en 1923, un putsch qui échoue. Détenu, il rédige Mein Kampf, où est exposée la doctrine ultranationaliste et antisémite du nazisme. A partir de 1925, il renforce son parti en créant les S.S. et de nombreuses organisations d'encadrement.
Développant une propagande efficace dans une Allemagne humiliée par la défaite de 1918 et le traité de Versailles, et fortement atteinte par la crise de 1929, il accède en 1933 au poste de chancelier. Les communistes mis hors la loi à la suite de l'incendie du Reichstag (février), Hitler se fait attribuer les pleins pouvoirs par la chambre (mars). Inquiet du pouvoir que prennent les S.A., il en fait éliminer les chefs lors de la "Nuit des longs couteaux" (30 juin 1934). Président à la mort d'Hindenburg (août), puis "Führer", il se trouve à la tête d'un Etat dictatorial soutenu par une police redoutable (Gestapo) et fondé sur le parti unique, l'élimination des opposants et le racisme.
Notons aussi l'article que le même dictionnaire consacre au livre Mein Kampf :
Mein Kampf (Mon combat), ouvrage écrit en prison (1923 - 1924) par Adolf Hitler et publié en 1925. Les principes du national - socialisme y sont exposés : antisémitisme, supériorité de la race germanique, qui a besoin pour s'épanouir d'un "espace vital", culte de la force.
Comme l'écrit Hélène Desbrousses dans son livre "Mein Kampf, la matrice de la barbarie" : "La figure du "Juif" dans Mein Kampf permet de concentrer sur une seule image, le principe de la lutte vitale entre peuples, races et tout ce qui menace, dissocie la communauté allemande : liberté de l'échange et du capital étranger, principes égalitaires, et leurs effets, lutte de classes, révolution. Le "principe destructeur des Juifs" s'oppose au "principe constructif des peuples aryens". Le "Juif" est "l'élément étranger introduit dans le corps du peuple", l' "hydre" ou la "sangsue" "qui se fixe sur lui". C'est "la maladie du peuple allemand", "la peste morale qui l'infecte", "le poison", "les ferments de décomposition" qui l'investissent.
Le "Juif" est le diable, le diabolos, celui qui se jette à travers, qui désunit, qui "détruit le peuple", détruit ce qui constitue les bases de son existence".
Adolf Hitler n'a que 35 ans lorsqu'il rédige cette véritable "bible" (en deux tomes) du nazisme (contraction de national - socialisme).
Sous le IIIe Reich, Mein Kampf fut distribué aux jeunes mariés, comme la bible remise par le pasteur.
Il y eut ainsi plus de 10 000 000 d'exemplaires vendus, ce qui valut à Hitler des droits d'auteur considérables, non seulement après 1933, mais très vite après sa publication : à raison de 300 000 exemplaires vendus à la fin de 1932, à 12 marks chaque tome jusqu'en 1930 puis à 8 marks après, Hitler dispose d'une petite fortune. Désormais il va pouvoir vivre de ses droits, et en particulier s'offrir une grosse Mercedes et un chalet à Berchtesgaden.
(Photo : propagande allemande).
Cependant, bien avant la publication de ses idées antisémites dans Mein Kampf, Hitler cultivait une profonde aversion vis-à-vis des Juifs, et cela depuis très longtemps.
Au 19e siècle, en Autriche, nombre de Juifs qui avaient réussi avaient été anoblis et il y avait des officiers juifs dans les armées austro-hongroises. Ils jouaient aussi un rôle important dans la banque, dans la presse, et dans l'ensemble de la "bonne société". Cet état de fait entraîna, dès le milieu des années 1880, des réactions nationalistes et antisémites fort importantes. Des mouvements prirent forme pour lutter contre "l'emprise" juive, notamment sous la direction de Schönerer et de Lüger.
Hitler écrit dans Mein Kampf qu'il fut surtout influencé par Lüger. N'empêche que le futur dictateur allemand fut profondément subjugué dans sa jeunesse par les doctrines racistes de ces deux politiciens, dont il appliqua plus tard les grandes lignes.
Le 16 septembre 1919, à peine âgé d'une trentaine d'années, Hitler écrit une lettre à un dénommé Gemlich. C'est le premier document certain d'Hitler concernant le problème juif. Voici des extraits de cette lettre :
"L'aversion d'une part croissante de la population contre les Juifs ne repose pas sur une analyse lucide de leur activité nuisible ... mais sur des impressions personnelles." Puis Hitler insiste sur l'importance de ce qu'il appelle la race, infiniment plus forte que la religion : "C'est par un inceste millénaire que les Juifs ont su ... préserver les particularités de leur race. Parmi ces particularités, le veau d'or ... l'arme du Juif, c'est l'opinion publique telle qu'elle se manifeste dans la presse, qui la guide et la manipule. Son pouvoir, c'est l'argent ... Toute aspiration à des buts plus élevés - ... religion, socialisme, démocratie - est simplement un moyen pour satisfaire l'appétit d'argent et de domination des Juifs."
Un autre aspect de la situation à cette époque est constitué par le bolchevisme. Dès 1921, la presse allemande souligne les violences et les horreurs de la révolution russe.
Mais surtout, encore une fois, le bolchevisme, c'est le pouvoir juif. Il est vrai que dans l'entourage de Lénine et le Comité central du parti communiste de l'U.R.S.S., les militants d'origine juives sont très fortement représentés. Et le délégué du Komintern dans le Reich, Radek, est lui aussi d'origine juive comme bon nombre de dirigeants du K.P.D, de l'U.S.P.D. ou même du S.P.D.
Le Juif est omniprésent et partout, il est considéré comme nocif. Voilà qui nourrit les pensées d'Hitler et également d'une bonne partie de l'opinion allemande.
Voyons à présent les événements qui se déroulent au début de l'année 1933.
Pour asseoir son pouvoir, Hitler déchaîne la répression : de mars à mai, une véritable terreur s'abat sur le Reich. On occupe les mairies ; on renforce le contrôle sur la presse ; on contraint à la démission des fonctionnaires et agents juifs ou peu sûrs politiquement. En même temps, on prépare l'offensive contre les syndicats et les partis. On impose à la police la collaboration de la S.A. et de la S.S. Peu à peu la police est entièrement prise en main par le parti avec la nomination à la tête de Frick et Goering. Dans le même temps, les militants politiques des partis marxistes (K.P.D. essentiellement, mais aussi S.P.D., journalistes, intellectuels) sont systématiquement arrêtés. De mars à fin avril, près de 25 000 opposants sont envoyés dans des camps à Dachau.
Le 1er avril 1933 fut la première journée de violence antisémite organisée par le gouvernement hitlérien. Hitler en confia la responsabilité à Streicher qui mobilisa la S.A. Le 1er avril, devant les magasins, les cabinets d'avocats, de médecins et de dentistes juifs, Streicher plaça des escouades de S.A. chargés d'en interdire l'accès aux non-juifs et fit défiler des ouvriers nazis et des jeunes hitlériens en plein centre de Berlin.
En résumé et à bien retenir : Hitler était antisémite dès sa jeunesse, suite notamment à l'influence des théories racistes de Schönerer et Lüger (et encore d'autres non cités ici) et de la montée du bolchevisme. Sa première déclaration écrite (authentifiée) date de 1919. Son livre Mein Kampf (1925), largement répandu, confirme sa position intransigeante.
De plus, les premières manifestations importantes de la dictature nazie et de la folie manifeste de son chef se font sentir dès le début de 1933.
Note : Les renseignements donnés ci-dessus sont extraits du livre "Le IIIe Reich" de François-Georges Dreyfus, professeur d'Histoire contemporaine à la Sorbonne, co-fondateur, notamment, du Centre d'études germaniques de Strasbourg.
F.-G. Dreyfus a consacré de nombreux ouvrages à l'histoire de l'Allemagne au XXe siècle.