La vie se vit vers l'avenir
et se relit vers le passé
(Sören Kierkegaard)





Le chemin que nous avons parcouru




The Way



Prologue


Pour qu'un meilleur échange s'établisse entre nous et pour briser la barrière virtuelle qui nous sépare, j'aimerais vous décrire qui je suis, et pourquoi j'ai décidé, en collaboration avec mon épouse, de construire ce site.
Cette dernière a toujours été et reste ma fidèle compagne et collaboratrice.
Elle m'aide efficacement à rechercher les références adéquates dans les publications de la Société. Elle vérifie les textes bibliques et l'exactitude des points développés tout au long des pages.

Je ne vous dévoilerai pas mon âge, mais comme dirait un sage chinois, l'auteur qui se présente à vous a déjà contemplé plus de neuf cents lunes.



Chapitre 1


J'ai vu le jour dans une famille catholique.
Ma mère est décédée alors que j'avais à peine 15 ans, ma soeur n'en avait que 8.
Mon père s'est donc occupé tout seul de la tâche ardue d'élever et d'éduquer deux enfants. Il était en mauvaise santé, car il avait passé cinq ans comme prisonnier de guerre (40 - 45) dans un stalag allemand. Il est mort en 1972.

J'ai été très tôt intéressé par l'étude des documents anciens et plus particulièrement par l'exégèse biblique. J'aurais tant aimé entreprendre des études en archéologie, et l'égyptologie m'attirait beaucoup, mais la situation financière de ma famille ne me permit pas de réaliser mon rêve.
Quant aux Saintes Ecritures, il faut bien avouer qu'à cette époque, la religion à laquelle j'appartenais n'insistait pas particulièrement sur la nécessité de les approfondir.

Cette époque ? Je vous parle des années 50.

En 1951, j'accomplis un long service militaire de 21 mois dans les troupes belges qui étaient stationnées en Allemagne. Mes amis de chambrée s'étonnaient, on les comprend, de voir que la Bible se trouvait parmi mes livres de chevet.

1953 fut l'année des changements.

Tout d'abord, j'eus la chance de trouver un emploi stable et bien rémunéré dans une firme importante.

C'est aussi en 1953 que je fis la connaissance de celle qui, plus tard, allait devenir ma femme.
Elle provenait d'un milieu plutôt incroyant, sans être foncièrement anticlérical. Comme beaucoup d'autres, ses parents se rendaient à l'église pour les événements clés de l'existence, tels le baptême, la communion solennelle, le mariage et les enterrements.
En bon chrétien pratiquant, je me mis donc à lui communiquer les rudiments de ma foi catholique.

C'est encore la même année que je rencontrai un couple qui habitait en face de chez moi. C'était un jeune couple fort sympathique de Témoins de Jéhovah.

Très vite, je fus séduit par leur gentillesse et leur empressement à m'aider.
Chez eux, je pourrais enfin, me disais-je, combler mon intime désir, celui de sonder plus profondément la Parole de Dieu.

Ils me proposèrent donc une étude biblique, étude que j'acceptai et que je me mis à répéter consciencieusement à ma future épouse qui était toute heureuse de cet enseignement, car ce que je lui racontais au sujet du catholicisme lui paraissait assez nébuleux et difficile à comprendre.
Je dois avouer que ces Témoins cultivèrent la patience, car il fallut environ trois ans pour me convaincre que ce qu'ils me disaient était "la Vérité".

Le 2 avril 1956, ma fiancée et moi reçûmes le baptême (dans une maison privée et dans une baignoire, c'était une pratique assez courante) et le 30 juin 1956 vint le jour de notre mariage, officiellement à la Maison Communale (mairie), religieusement à la Salle du Royaume.
Nous dûmes faire face à une première difficulté. Seul mon père, ma soeur et quelques proches de ma famille assistèrent au mariage, les parents de ma femme ne vinrent pas.

Ceci confirmait à coup sûr que nous étions dans la vraie religion, car la persécution annoncée par Jésus s'abattait déjà sur nous.



Chapitre 2


Nous devînmes des Témoins de Jéhovah actifs.

De 1956 à 1976, nous servîmes dans différentes congrégations de Bruxelles.
Je fut assez rapidement nommé "serviteur" (assistant ministériel) et ensuite "aîné" (ancien).

Lorsque nous allions dans une autre congrégation, c'était toujours suite à une demande formulée par le Béthel, afin d'apporter de l'aide "là où le besoin était grand".
Je conservai donc automatiquement mon "privilège" d'ancien en changeant de congrégation.

En 1966, mon épouse entreprit le service de pionnier ordinaire (régulier). Elle parvint à "tenir le coup" pendant 10 ans, malgré un travail à mi-temps et le fait qu'à l'époque, la Société exigeait d'accomplir 100 heures de prédication par mois. Et celui qui ne remplissait pas ses obligations était facilement rayé de ce service.

Sachez que la vie des Témoins était bien plus dure que maintenant !
Par exemple, certaines grandes assemblées se prolongeaient pendant 8 jours (comme en 1963). Quant aux plus petites, les assemblées de circuit (circonscription), elles commençaient le vendredi en fin d'après-midi pour se clôturer le dimanche à 21 heures.
Les réunions hebdomadaires étaient également plus longues.
La Société fixait aussi pour chaque proclamateur un quota de prédication de 10 heures par mois.
Ces 10 heures étaient un critère prédominant pour accéder aux privilèges de "serviteur" ou d' "aîné".

Au cours de ces vingt années, nous reçûmes notre lot de joies, mais aussi de peines.

Voici une anecdote parmi d'autres, mais elle dépeint très bien le "climat" de l'époque.

Comme j'avais un oncle qui s'occupait du lancement des premières émissions diffusées dans notre pays, nous eûmes très tôt la TV (un "poste de télévision", comme on disait en ce temps-là).
Les critiques souvent acerbes ne manquèrent pas: "C'est un instrument du diable", "Ce poste de télévision va prendre tout votre temps et vous fera manquer les réunions", "La télévision est un piège, ce n'est pas pour les chrétiens", etc ...
N'empêche que beaucoup de Témoins aimaient venir chez nous pour la regarder.
Entre parenthèses, bien plus tard, nous essuierons des critiques semblables pour la télévision en couleurs et pour la vidéo.

Nous avons connu des frères et soeurs très gentils, mais d'autres qui l'étaient, hélas, beaucoup moins.

Nous avons encore présent à l'esprit cet ancien qui était "serviteur de groupe" et qui voulait imposer ses propres idées en matière d'organisation. Lorsque d'autres "aînés" émettaient des suggestions, c'est lui qui devait absolument avoir le dernier mot.
Cet homme aimait tyranniser ses frères.
Par exemple, il organisait des réunions d'aînés à l'improviste.
Comme il savait que nous aimions regarder le football lorsqu'une rencontre était retransmise sur le petit écran, il choisissait spécialement ce soir-là pour nous convoquer.
Il ne cachait pas ses intentions, le plaisir de nous avoir "bien eu" se voyait sur son visage.
Comme je n'étais pas d'accord avec son attitude, il se vengea en essayant par tous les moyens de nous faire "tomber de la Vérité", moi et mon épouse.
Il s'efforça même de briser notre mariage par une série d'intrigues et de mensonges.
Mais nous résistâmes, puisant du courage dans cette petite phrase: "Regardons vers Jéhovah et non pas vers les hommes".

Les années 60 furent celles où la Société conseillait vivement aux couples mariés de ne pas avoir d'enfants.
La fin de ce "mauvais système de choses" était imminente, le monde nouveau était à la porte. Ne valait-il pas mieux attendre le tout proche "millénaire de paix" pour procréer, nous rendant ainsi plus disponibles pour servir le Seigneur dans la prédication du Royaume ?

Nous appartenons à ces nombreux Témoins qui, à l'époque, mirent ces "sages" conseils en application. Nous n'eûmes donc pas d'enfants.

Il se produisit aussi beaucoup de changements dans les doctrines. Nous les admettions comme des "nouvelles lumières".
Nous nous souvenons particulièrement des "autorités supérieures" mentionnées par l'apôtre Paul dans l'épître aux Romains. Elles n'étaient plus "Jéhovah et Jésus-Christ", mais devenaient "les gouvernements de ce monde".
Ce n'était pas à proprement parler une nouvelle "révélation", puisque l'organisation revenait à une interprétation donnée par Charles Russell.



Chapitre 3


En 1976, mon travail nous obligea à déménager de Bruxelles à Anvers.

Dans cette grande ville qui est la métropole de la Belgique, il y avait un petit noyau de Témoins francophones. En effet, Anvers est située dans la partie nord du pays, et les Témoins y parlent surtout le néerlandais.

Nous nous joignîmes à ce groupe jusqu'en 1978.

C'est alors que la Société nous envoya une lettre nous demandant de participer à la formation d'une congrégation en langue anglaise.

Comme je travaillais pour une compagnie dont le siège est en Grande-Bretagne, je possédais quelques bonnes notions d'anglais, mais plutôt axées dans le domaine technique.

Ma femme connaissait peu cette langue; elle n'avait d'ailleurs guère l'occasion de la mettre en pratique.

Toutefois, toujours prêts à servir "les intérêts du Royaume", nous répondîmes à la requête de l'organisation.

Ainsi, de 1978 à 1990, nous servîmes dans la congrégation anglaise. Un "embryon" composé de huit frères et soeurs passa très rapidement à une vingtaine de proclamateurs.

Ces douze années furent assez calmes.
Je servais comme ancien et ma femme, bien qu'ayant arrêté le service de pionnier pour raison de santé et surtout de distances à parcourir, continuait d'aller de porte en porte le plus souvent possible, accomplissant 20 à 25 heures par mois.

En 1989, le bureau m'offrit, avant l'âge officiel, l'opportunité de prendre ma pré-retraite à des conditions très attrayantes.
J'acceptai sans hésiter.



Chapitre 4


En 1990, la Société me demanda de retourner comme ancien dans la congrégation francophone qui s'était agrandie depuis notre départ en 1978.
Il y avait à présent assez d'anciens chez les Anglais, mais une pénurie chez les Témoins d'expression française.

Comme ces derniers partageaient la même Salle du Royaume que la congrégation anglaise, ce ne fut pas un changement trop important.

J'y devins surveillant-président.

Notons que cette fonction est souvent mal perçue, tant par les simples proclamateurs que par les anciens.
Alors que le surveillant-président n'est que le coordinateur ou président du collège des anciens, beaucoup s'imaginent qu'il est responsable pour tout ce qui se passe dans la congrégation.
Si le frère X est surveillant-président, ne dit-on pas souvent: "C'est la congrégation du frère X" ?
Ainsi, lorsqu'un ancien a des difficultés pour répondre à une question d'un frère ou d'une soeur, il dit souvent: "Va trouver le surveillant-président".
Ou si quelque chose ne tourne pas rond: "C'est la faute du surveillant-président".

C'est en 1996 que tout commença à vaciller. Ce que nous avions bâti et que nous pensions solide allait s'écrouler tel un château de cartes.
Il suffit dans ce genre de construction d'enlever une carte située à la base, et l'édifice entier s'effondre.



Chapitre 5


Les années passées dans notre dernière congrégation furent parmi les plus pénibles.
Elle était (et est toujours, semble-t-il) constituée de plusieurs individus qui ne faisaient que s'entre-déchirer, qui se chamaillaient à la moindre occasion.

Lorsque ma femme et moi partions à la réunion, nous nous posions chaque fois la sempiternelle question: "Quel sera le problème aujourd'hui ?", "Quand allons-nous rentrer chez nous ?", "Y aura-t-il encore une réunion 'urgente' des anciens ?"

Mon épouse, bien sûr, en "femme soumise", ne désirait pas être au courant des problèmes réels ou imaginaires que créaient les proclamateurs.
Mais comme nous habitions à environ 25 klm de la Salle du Royaume, elle devait m'attendre après les réunions.
Elle voyait bien que quelque chose n'allait pas.
D'ailleurs, plus d'une fois, des Témoins s'insultèrent en pleine Salle du Royaume, même devant des "intéressés".

Lorsque j'osais faire une remarque à quelqu'un, celui-ci ne regardait plus mon épouse pendant plusieurs jours, parfois cette situation se prolongeait pendant plusieurs semaines.

Ma santé en subissait les conséquences.
Je me mis à absorber quantité de calmants. J'avais des crises incontrôlables où je me mettais à pleurer.

Je voyais que la santé de ma femme se détériorait aussi.

Les orages de la congrégation se répercutaient au sein de notre foyer.

Un jour, un ancien déclara ouvertement: "Si rien ne marche ici, c'est à cause de la tête !"

J'ai toujours pensé que la tête de la congrégation était Christ. Mais je savais très bien que dans ces circonstances, c'était moi.



Chapitre 6


Alors, les évènements se précipitèrent.

Puisque la congrégation était malade, puisque sa maladie venait de la tête, j'étais logiquement le coupable principal. Il valait mieux remettre ma charge d'ancien; ce que je fis en octobre 1996.

Dès qu'on annonça publiquement ma "radiation" lors d'une "réunion de service", je fus considéré comme un exclu.

Alors qu'avant j'avais du mal à saluer tout le monde en arrivant aux réunions, tant on se pressait pour me soumettre un problème ou me poser des questions, ce fut le vide absolu.
A peine me disait-on bonjour. Je n'étais plus rien, ni pour les anciens, ni pour les frères et soeurs, ni même pour les enfants.

Oui, certains enfants cessèrent de s'approcher de moi. Avaient-ils reçu une instruction venant de leurs parents ?

Je ne vous étonnerai pas en vous apprenant que mon épouse passa également à la trappe.

Malgré toutes ces difficultés, nous continuâmes à servir l'organisation, bien que nous étions sérieusement ébranlés.



Chapitre 7


Ma confiance envers la Société avait déjà été rudement mise à l'épreuve quelques mois auparavent.

Les anciens avaient reçu une lettre les instruisant de l'attitude à adopter envers une personne qui désirait se faire baptiser, mais qui était atteinte du sida.

Cette lettre stipulait qu'il fallait prendre des dispositions spéciales envers cette personne.
Ces dispositions consistaient soit à la baptiser en tout dernier lieu, soit, ce qui était de loin préférable, à la baptiser dans une baignoire, en privé.

Je n'ai jamais compris et accepté cette position de "ségrégation".
Il est bien évident que le sida ne s'attrape pas de cette façon !
Fait-on une distinction entre les sidéens et les autres à l'entrée d'un bassin de natation ? Certainement pas.

Et que dire aussi de l'offense, de la blessure profonde infligée au malade, lorsqu'il fallait lui communiquer la teneur des "instructions" spéciales de la Watch Tower ?

Je compris que l'organisation était fort influencée par un "américanisme" de mauvais aloi.
C'était la peur de la contamination, une peur répandue dans la "high-society" d'outre-Atlantique.

Une autre lettre envoyée aux anciens me fit encore plus mal. Elle parlait de la pédophilie.

Comment traiter un pédophile qui était un membre de la congrégation chrétienne ? Fallait-il que les anciens le dénoncent ?
Non, disait la Société, car dans ce cas les anciens doivent user de leur droit ecclésiastique relatif au secret de la confession !

Voilà une occasion où la Watch Tower aimait les ecclésiastiques; elles sont rares.

Alors, que doivent faire les anciens en cas de pédophilie ?
Prévenir la Société, qui prendra "les mesures qui s'imposent".

Quant à la victime (ou sa famille), elle a le droit de porter l'affaire devant la Justice, mais ..., il y a un "mais" !
En effet, le pédophile sera-t-il automatiquement excommunié ? Non, car s'il se repent sincèrement de son acte ignoble, il restera malgré tout dans l'assemblée des frères.
Or, la Société instruit ses membres de ne pas porter d'accusation contre un frère devant les tribunaux !

Il ne faut pas faire de petit dessin pour comprendre.



Chapitre 8


En décembre 1996, ayant plus de temps libre, je m'abonnai au réseau Internet.

Au hasard de mes recherches, j'y découvris un document stupéfiant (en anglais) qui peut se résumer ainsi:

En 1933, la Watch Tower s'efforça de pactiser avec Hitler et le régime nazi.
But : protéger ses nombreux biens qui se trouvaient sur le territoire allemand, sous la direction de sa filiale de Magdebourg.

Dans un discours prononcé à l'assemblée tenue à Berlin, la Société affirmait qu'elle rencontrait les idéaux du national-socialisme (nazisme).
Les Juifs, "le Big Business", étaient la cause de tous les maux, tant en Amérique qu'en Allemagne, et que partout ailleurs.

Elle souhaitait que la cause de tous les maux disparaisse.

Dans une lettre adressée à Hitler, qu'elle appelait "Cher Chancelier du Reich", elle réaffirmait son attachement à l'Allemagne et à ses principes élevés.



Chapitre 9


Ce document me toucha particulièrement.

J'ai été élevé dans ma prime enfance par une famille juive. Comme mes parents avaient des difficultés pour "nouer les deux bouts", ils travaillaient tous les deux. Les journées de travail étaient longues ... nous sommes en 1931.

Le matin, ils me confiaient à cette famille qui habitait près de chez nous et ils me reprenaient le soir. J'y suis resté jusqu'à l'âge de 6 ans.

J'ai appris bien plus tard que tous ces Juifs qui s'étaient dévoués pour moi et pour mes parents, étaient morts dans les camps de concentration.

Je résolus donc d'envoyer une copie de ce document au Béthel, en demandant de bien vouloir me confirmer qu'il s'agissait d'un faux.

J'écrivis aux frères du Béthel que j'avais déjà subi pas mal d'épreuves au cours de ces derniers mois, et qu'il ne fallait pas encore qu'une telle chose amplifie mon découragement.

Nous dûmes patienter un bon laps de temps avant de recevoir une réponse.

Lorsqu'enfin elle nous parvint, ce fut l'écroulement total de notre confiance en l'organisation :

La Société disait qu'il fallait voir dans quelles circonstances ce document avait été rédigé (elle reconnaissait donc implicitement son authenticité), que le président de la Watch Tower de l'époque - J. Rutherford - n'était pas au courant des buts inavoués d'Hitler (alors que l'affaire se déroule en 1933 et qu'Hitler avait déclaré sa haine des Juifs depuis le début des années 20), ... et pour terminer la Société sous-entendait que je ne comprenais pas très bien l'anglais (puisqu'elle me retraduisait certaines phrases, mais d'une façon tout à fait tendancieuse).

Elle oubliait sans doute (mais elle a souvent la mémoire courte) que nous avions été dans une congrégation anglaise pendant douze ans !



Chapitre 10


Le fragile château de cartes venait de s'écrouler.

En mars 1997, nous avons cessé de fréquenter les réunions organisées par les Témoins.

Un grand travail restait à accomplir.

Les cartes jonchaient le sol, éparpillées, en désordre.
Il était vital de les ramasser et de les réexaminer chacune, attentivement.

Pour nous, certaines représentaient les différentes doctrines que nous avait enseigné l'organisation tout au long de notre vie.

D'autres représentaient la "Traduction du Monde Nouveau" dans laquelle étaient puisés les arguments bibliques sur lesquels se fondaient ces doctrines.

N'oublions pas qu'au début, la seule traduction que nous utilisions aux réunions et dans la prédication était la version de Louis Segond.
De porte en porte ou dans les études bibliques, nous invitions la personne à prendre son propre exemplaire des Saintes Ecritures, peu importe que la version soit catholique ou protestante.
Dans les années 60, la Watch Tower en vint à posséder sa propre traduction et imperceptiblement, avec le temps, c'est la seule qui fit encore autorité.

Enfin, d'autres cartes tombées sur le sol représentaient les structures mêmes de l'organisation.

Etait-elle vraiment l'organisation de Dieu comme elle le prétendait ?

Chaque carte fut passée au crible d'une étude sérieuse.

Pour la "Traduction du Monde Nouveau", je me mis même à réviser mon grec ancien !

Vous trouverez certains résultats de cet examen dans le présent site.



Chapitre 11


Ce qui nous a aidé, mon épouse et moi, c'est d'avoir tracé une distinction entre Dieu et l'organisation.

L'organisation n'est pas Dieu, et Dieu n'est pas l'organisation.

Ce n'est pas parce qu'on abandonne la Watch Tower qu'on abandonne tout espoir, comme on voudrait nous le faire croire.

Nous n'avons jamais envoyé une "lettre de dissociation", car pour les Témoins, elle signifie une renonciation de la foi et de l'espérance chrétienne (nous ne critiquons cependant pas ceux qui, en âme et conscience, ont écrit une telle lettre).

Nous sommes "virtuellement" excommuniés, bien qu'on ne nous l'ait jamais annoncé.

Une chose est certaine : plus aucun Témoin ne nous contacte; nous sommes devenus comme des pestiférés.

L'organisation inculque à ses adeptes qu'en dehors d'elle, le monde est complètement corrompu et que toutes les autres religions sont sataniques.
C'est souvent la raison pour laquelle beaucoup de ceux qui se retirent de l'organisation ou qui sont excommuniés ne rejoignent pas une autre église.



Chapitre 12 et Conclusion


Nous sommes restés Témoins de Jéhovah pendant 41 ans.
Avons-nous perdu notre temps ?

Nous ne le pensons pas.

Nous avons vécu des moments heureux, nous avons eu d'excellents amis dans l'organisation.

Nous n'en voulons à aucun de ceux qui nous ont fait du mal.

Au contraire, nous leur pardonnons bien volontiers, car s'ils ont agi ainsi, c'est parce que le système qui les domine a obscurci le sens véritable des valeurs humaines.

Notre plus grand espoir, c'est qu'un jour ils comprennent leur erreur.

Pour terminer, nous voudrions de notre côté demander pardon à tous ceux à qui nous avons fait de la peine lorsque nous étions aveuglés et pensions détenir l'unique vérité.
En tant qu'ancien responsable pendant de longues années au sein de différentes congrégations, je réalise que je n'ai pas toujours fait preuve de cette qualité qu'est le pardon. Ecrasé par le concept d' "unité", d' "uniformité" qui m'était imposé, je n'ai pas souvent tenu compte de la différence de l'autre.
Je réalise que de manipulé, j'étais devenu moi-même manipulateur.
Mon épouse et moi sommes bien conscients que nous n'avons pas seulement été victimes d'un mouvement totalitaire, mais aussi complices de celui-ci.
Le temps, nous l'espérons, effacera ces douloureux souvenirs.





Raconter son expérience peut être une forme d'exutoire, une sorte de thérapie, un rite de libération.
C'est vrai, sans aucun doute.

Mais c'est aussi une façon de s'ouvrir aux autres à la grande table du partage.








Retour au sommaire