Assemblée tenue à Berlin
- Juin 1933 -




L'annuaire des Témoins de Jéhovah pour 1974 présente un long dossier (pages 66 à 254) qui détaille l'activité de la Watch Tower en Allemagne depuis les premières tentatives d'implantation sur le territoire jusqu'au début des années 70.

Pour parler très brièvement des débuts de la Société en Allemagne, c'est en 1891 que Russell fit un voyage en Europe et visita Berlin et Leipzig dans le but de reconnaître le terrain. Plus tard, il fit ouvrir un dépôt d'imprimés à Berlin, dépôt qui fut transféré à Brême en 1899. (Il ne faut pas perdre de vue que certaines publications avaient déjà été traduites en allemand pour les résidents des Etats-Unis qui parlaient cette langue).


Un bureau officiel de la Watch Tower fut ouvert à partir de 1902 , puis vint la formation de congrégations. L'annuaire nous raconte comment elles se développèrent, les "faits" de prédication, les nombreuses dissensions qui en résultèrent.

Rappelons que les événements qui nous intéressent plus particulièrement dans le cadre de notre étude sont ceux qui se situent dans les années 1933 - 1934.

Avant de porter notre attention sur cette période, il est toutefois nécessaire de mentionner une assemblée tenue à Magdebourg en 1924 et à laquelle assista Joseph Rutherford, alors président de la Société.
Une résolution ayant pour titre "Acte d'accusation contre le clergé", diffusée dans le monde entier, fut adoptée durant ce congrès.

Nous lisons à la page 100 de l'annuaire : "Les frères d'Allemagne participèrent également à cette diffusion, plus spécialement au printemps de 1925. C'était une résolution très importante qui dénonçait impitoyablement le clergé. Quelle réaction produisit-elle ? Imaginez que l'on agite un bâton dans un nid de guêpes et vous aurez une idée de ce qui se passa."

Ce qui se passa est bien compréhensible : le clergé réagit à ces insultes et une plainte fut notamment déposée devant les autorités et le tribunal de Magdebourg fut saisi de l'affaire.
Evidemment la Watch Tower cria immédiatement au scandale et à la persécution. Chez elle, une règle très simple se résume ainsi : elle peut insulter les autres, et les autres n'ont qu'à se taire.
La Société ne fut pas condamnée, mais il lui fut déconseillé néanmoins "de publier à l'avenir des critiques aussi virulentes contre le clergé." (page 101).

Lorsqu'on feuillette le dossier de la page 66 à la page 100, on est étonné de trouver très peu d'hostilité de la part du clergé allemand face à l'activité des Témoins de Jéhovah.
Par contre, comme on vient de le dire, des tensions parfois très violentes se manifestent au sein même de l'organisation, et l'annuaire décrit avec force détails les conflits internes, les scissions, non seulement dans les congrégations, mais aussi parmi les membres au sommet de la hiérarchie.

On voit donc que la Société agit d'une façon tout à fait inconsidérée. Elle attaque de front un clergé qui lui a laissé passablement la paix, elle agite, comme elle s'en vante, le bâton dans un nid de guêpes, et tout le monde sait que les guêpes ainsi perturbées ne se laissent pas faire.
Au lieu d'avoir une conduite prudente et mesurée dans une Allemagne qui connait la montée du nazisme et où beaucoup d'esprits sont exacerbés par les mauvaises conditions de vie et par les événements tumultueux de l'époque, elle prend un malin plaisir à jeter de l'huile sur le feu.
Elle ne devra pas s'étonner de voir une opposition grandissante prendre forme, non seulement au sein du clergé qu'elle ne cesse de harceler, mais aussi parmi les responsables politiques.

N'oublions pas que jusqu'en 1932, les Témoins de Jéhovah se déclarent pro-sionistes, une attitude qui ne plait guère aux autorités. Nous avons décrit la haine que porte Hitler envers les Juifs et automatiquement, les nazis mettent les Témoins dans le même sac, puisqu'ils soutiennent l'Etat d'Israël.
De plus, Juifs et Bolchevistes vont de pair aux yeux du national-socialisme. On en déduira donc que la Watch Tower est une organisation à la solde du communisme.


Venons-en à présent à l'assemblée tenue à Berlin en 1933.

Nous pensons que le mieux est de reprendre le récit des événements tel que nous le trouvons dans l'annuaire de 1974, à partir de la page 110.

"En été 1933, l'oeuvre des témoins de Jéhovah était interdite dans la majorité des Etats allemands. On perquisitionnait régulièrement aux foyers des frères et nombre d'entre eux avaient été arrêtés. Le flot de nourriture spirituelle fut partiellement interrompu, mais cela ne dura pas. Pourtant, beaucoup de frères se demandaient combien de temps encore l'oeuvre pourrait se poursuivre. C'est alors que les congrégations furent informées à bref délai qu'une assemblée se tiendrait à Berlin le 25 juin. Comme beaucoup ne pourraient venir à cause des interdictions, on encouragea les congrégations à envoyer au moins un ou plusieurs délégués. Mais au jour fixé, 7 000 frères étaient présents. Beaucoup avaient voyagé pendant trois jours ; certains avaient fait tout le trajet à bicyclette, d'autres en camion, car les compagnies de transport refusaient de louer des autocars à une organisation interdite.
Accompagné de frère Knorr, frère Rutherford était arrivé quelques jours auparavent en Allemagne pour voir ce qui pouvait être fait en vue de protéger les biens de la Société. Avec frère Balzereit, il avait préparé une déclaration qui serait présentée aux congressistes. Il s'agissait d'une protestation contre l'intervention du gouvernement de Hitler à l'encontre de la prédication effectuée par les témoins. Tous les hauts fonctionnaires du gouvernement, du président du Reich au bas de l'échelle hiérarchique, recevraient un exemplaire de la déclaration par la voie postale autant que possible. Quelques jours avant l'assemblée, frère Rutherford retourna en Amérique. Beaucoup d'assistants furent déçus en entendant la "déclaration", qui, en de nombreux points, n'était pas aussi dure que les frères l'avaient espéré.
Frère Mütze, de Dresde, qui, jusque-là avait collaboré étroitement avec frère Balzereit, l'accusa par la suite d'avoir édulcoré le texte original. Ce n'était pas la première fois que frère Balzereit atténuait le langage clair et sans détour utilisé dans les publications de la Société, afin de ne pas avoir d'ennuis avec les agents du gouvernement. C'est pour cette raison qu'un grand nombre de frères refusèrent d'adopter cette déclaration. En fait, un ancien pèlerin, frère Kipper, refusa de la présenter et un autre frère le fit à sa place. Il serait inexact de dire que la déclaration fut adoptée à l'unanimité ; pourtant, par la suite, frère Balzereit n'hésita pas à affirmer à frère Rutherford qu'il en avait bien été ainsi.
Les congressistes rentrèrent chez eux fatigués et déçus pour la plupart. Ils emportèrent néanmoins 2 100 000 exemplaires de la déclaration, et les distribuèrent rapidement, sans oublier d'en envoyer aux nombreuses personnalités occupant un poste de responsabilité. L'exemplaire envoyé à Hitler était accompagné d'une lettre qui disait entre autres :
'La présidence de la Société Watch Tower de Brooklyn est et a toujours été extrêmement bienveillante à l'égard de l'Allemagne. En 1918, le président de la Société et sept membres du conseil d'administration d'Amérique furent condamnés à 80 ans d'emprisonnement parce que le président avait refusé qu'on utilise deux périodiques, édités par lui en Amérique, à des fins de propagande de guerre contre l'Allemagne.'
Bien que la déclaration ait été atténuée et que beaucoup de frères n'aient pu l'adopter de tout coeur, le gouvernement se fâcha néanmoins et une vague de persécution déferla sur ceux qui l'avaient distribuée." (Notons que les phrases mises en italiques le sont ainsi dans l'annuaire).



Remarquons les points suivants :

1. En juin 1933, la "persécution" ne doit certainement pas encore être très forte, puisque 7 000 Témoins de Jéhovah parviennent à se réunir pendant une journée, non pas dans un endroit clandestin, mais dans un lieu très connu à Berlin, le Wilmersdorfer Tennishallen.

2. Rutherford vient à Berlin, comme nous l'avons vu précédemment, pour voir ce qui "pouvait être fait en vue de protéger les biens de la Société". Il est clair qu'il ne vient pas pour assister à l'assemblée, puisqu'il retourne à Brooklyn quelques jours avant le début de celle-ci. Il profite de son inspection des lieux pour préparer une déclaration avec Balzereit, responsable de la filiale de Magdebourg.

3. Balzereit est accusé par Mütze d'avoir édulcoré cette déclaration. Il semble que ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi.
Cette accusation est acceptée par la Société, puisque nous lisons à la fin de l'article : "Bien que la déclaration ait été atténuée ...", ce qui signifie qu'elle est d'accord avec le fait que le texte de la déclaration donné à l'assemblée n'est pas le même que celui agréé par Rutherford lors de son entrevue avec Balzereit.

4. Balzereit a été la "bête noire" de Rutherford :

Voici quelques extraits de l'annuaire montrant à quel point la Watch Tower tente par tous les moyens de ternir la réputation de Balzereit. Mais elle le fait dans un but précis, que nous découvrirons par la suite.

Page 98 : "Mais il fallait davantage de matériel. Frère Balzereit demanda donc à frère Rutherford l'autorisation d'acheter une presse rotative. La demande étant justifiée, frère Rutherford donna son accord mais à une condition. Il avait remarqué que depuis quelques années frère Balzereit s'était laissé pousser la barbe, qui était devenue semblable à celle de frère Russell. D'autres frères qui désiraient ressembler à frère Russell n'avaient pas tardé à suivre son exemple. Cette tendance risquait de donner naissance au culte de l'homme, ce que frère Rutherford désirait empêcher. Aussi, lors de sa visite suivante et devant toute la famille de la Maison de la Bible, il dit à frère Balzereit qu'il pouvait acheter la presse rotative mais à condition qu'il se rasât la barbe. Frère Balzereit accepta tristement et se rendit ensuite chez le barbier."

Page 107 : "Au fil des années, plusieurs autres choses n'avaient pas non plus échappé à frère Rutherford. Ainsi que bon nombre de membres du Béthel, il avait discerné le danger qu'encourait frère Balzereit. Indéniablement, c'était un excellent organisateur, et sous sa direction l'oeuvre fit de bons progrès en Allemagne. Toutefois, il commit une grave erreur en attribuant le mérite du grand accroissement à lui-même plutôt qu'à l'esprit de Jéhovah. Au cours du repas au Béthel, il demanda aux membres de la famille de ne plus l'appeler "frère" en présence de personnes du monde, mais de lui dire plutôt "Monsieur le directeur". Il fit même poser une plaque portant la mention "Directeur" sur la porte de son bureau.
A la même époque, l'intégrité de frère Balzereit envers Jéhovah fut également mise à l'épreuve d'une autre manière. De toute évidence, il avait toujours craint la persécution. En tant que responsable du bureau de la filiale d'Allemagne, il avait été poursuivi au sujet de la diffusion de la résolution "Acte d'accusation contre le clergé". Certes, il fut acquitté, mais quand le juge le pria de ne plus imprimer à l'avenir des déclarations aussi virulentes, il décida de suivre ce conseil. En conséquence, lorsque des expressions ou des déclarations trop dures, à son avis, paraissait dans LaTour de Garde ou dans d'autres publications, il les 'atténuait'.
Il commença également à cultiver des désirs matérialistes. Balzereit aimait écrire des poèmes qu'il avait eu la joie de voir publier dans L'Age d'Or, sous le pseudonyme de Paul Gerhard. Il avait également écrit un livre qu'il avait fait publier à Leipzig. Ce livre avait été ajouté à la liste des publications à diffuser par les congrégations qui, ignorant les faits, en commandaient des exemplaires, ce qui était pour frère Balzereit une source de revenus considérables. A une certaine époque, il avait aussi fait construire un court de tennis au Béthel, pas tant pour les membres de la famille que pour son propre plaisir."

L'annuaire montre également comment, plus tard, Balzereit trahit ses frères et signale que finalement il renia l'organisation (pages 149-150).


5. Il est clair que la Société reconnait que beaucoup d'assistants furent déçus, que la déclaration ne répondait pas à l'attente des frères sur de nombreux points, qu'un grand nombre refusèrent d'adopter cette déclaration, que Kipper refusa de la présenter, que les congressistes rentrèrent chez eux fatigués et déçus pour la plupart.

6. "Un grand nombre de frères refusèrent d'adopter cette déclaration", souligne l'annuaire de 1974.
Pourtant, à ce propos, les versions diffèrent.
Le livre "Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins" (publié en anglais en 1959 et en français en 1971) dit : "Une Déclaration de Faits qu'on avait préparée fut présentée à un auditoire de 7 000 personnes, afin de protester contre le gouvernement d'Hitler au sujet de l'intervention arbitraire perpétrée à l'encontre de l'oeuvre de témoignage effectuée par la Société : cette protestation fut adoptée à l'unanimité." (page 130).
Puisque ce livre date de 1959, donc 26 ans après les événements, sous la présidence de Nathan Knorr, il est déraisonnable de conclure que le "mensonge" de Balzereit (cité plus haut) ait "tenu" plus d'un quart de siècle et soit à l'origine de cette affirmation. Il est très curieux de constater que le livre "Les Témoins de Jéhovah - Prédicateurs du Royaume de Dieu" datant de 1993, affirme que "C'est alors que le 25 juin 1933, les Témoins de Jéhovah réunis en assemblée à Berlin ont adopté une déclaration relative à leur ministère et à ses objectifs." (page 693).
De plus, l'article "Les Témoins de Jéhovah courageux face au péril nazi" publié dans le périodique "Réveillez-Vous !" du 8 juillet 1998 (article dont nous reparlerons), répète intentionnellement la même inexactitude : "Les assistants adoptèrent une résolution intitulée "Déclaration"."
Pour être honnête, la Watch Tower aurait dû rappeler que seulement un petit nombre adopta la résolution, puisque l'annuaire de 1974 indique qu'un grand nombre la refusa. Non, elle dit que "les Témoins de Jéhovah, les assistants adoptèrent", ce qui implique pour tout lecteur non informé que tous ceux qui étaient présents étaient d'accord avec le contenu de la Déclaration.




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